Cette affaire, à l'origine d'une grave crise entre la commune de Paris,
et l'administration restée à Paris de la Banque Centrale, peut s'assimiler selon les
épisodes, à une mauvaise farce, un vaudeville ou une tragi-comédie. Elle se termine
heureusement sans drame. Elle fait l'objet de récits relativement courts :
La Banque de France et la Commune de Paris, par Cavaterra : pages 115 à 121
Déposition du Marquis de Ploeuc devant la commission d'enquête : cahier 13 pages 58 et
59.
Plus de 1200 caisses, dont une contenant les diamants de la Couronne
(sous l'intitulé "chaînes d'assemblage") sont transportées à l'arsenal de
Brest, puis transférées à partir du 25.03.1871 à bord du vaisseau Borda, prêt, en cas
de nécessité urgente, à appareiller pour l'Angleterre.
Le 13.04.1871, Jourde ("ministre" des finances de la Commune)
découvre au ministère des finances un document co-signé par le gouverneur Rouland le
30.08.1870, relatif à la prise en charge des diamants de la couronne.
Quatre représentants de la Commune -Varlin, Jourde, Amouroux et Beslay-
se présentent le même jour à la Banque et, en l'absence du Sous-Gouverneur de Ploeuc,
sont reçus par le Caissier principal, Mignot. Celui-ci affirme que les joyaux ne sont pas
à la Banque et n'y ont jamais été (il n'y a rien de tel au registre des dépôts).
Jourde n'en est pas persuadé et Amouroux est violent. Les délégués se retirent en
proférant des menaces (de Ploeuc sera particulièrement inquiété et sera décrété
d'arrestation par Rigaud le 6 avril 1871).
Beslay, plutôt apaisant, revient porteur d'une lettre l'accréditant
et du document signé par Rouland. De Ploeuc est "stupéfait" en lisant la prise
en charge signée par le gouverneur, d'autant plus qu'il sait que ce dépôt n'existe pas.
Il demande un délai de 24 h pour envoyer à Versailles l'inspecteur de
Lisa, muni d'un laisser-passer signé par Riguaud, consulter Rouland. De Lisa part le
lendemain 14.04.1871 et rentre le soir même.
Par nécessité du secret, Rouland n'a pas informé son adjoint de
Ploeuc. Roland a refusé le dépôt à la Banque des diamants. Puis une sorte de
marchandage avec Rouland, agissant à titre personnel, s'est opéré (l'encaisse, or et
billets de la Banque transférés par sécurité dans l'arsenal de Brest avec, en
contrepartie la prise en charge de la caisse des joyaux de la couronne). L'urgence
activant les opérations, la caisse des diamants n'est pas passée par la Banque et a
gagné directement le convoi ferroviaire pour Brest. Dans ce convoi, le contrôleur
général Chazal accompagne les diamants tandis que l'inspecteur Vandermarcq en fait
autant pour l'or et les billets de la Banque. Rouland précise que sa position, en ce qui
concerne les diamants, a fait l'objet d'une lettre à ses mandants, dont un double est
conservé sous scellé dans la serre du secrétariat général (curieusement ce document,
qui sera retrouvé plus tard, ne semble pas, à l'époque, avoir été recherché).
Rouland expliquera ultérieurement que le secret n'aurait pas pu être gardé s'il avait
accepté un dépôt d'une valeur aussi considérable -25 à 30 millions de francs- et
d'une provenance aussi voyante.
Il résulte de ce qui précède que seuls Rouland et Chazal étaient au
courant, ce que Chazal confirmera pour sa part.
De Ploeuc adresse une lettre à Beslay : les diamants n'ont jamais
été déposés à la Banque. Agissant à titre personnel et gratuit, Rouland a accepté
qu'ils partent à Brest en même temps que l'encaisse de la Banque.
La crise Commune-Banque de France est évitée et l'affaire s'apaise. (Beslay
avait en poche des ordres d'arrestation, signées Rigaud, des principaux responsables de
la Banque. Il ne s'en est pas servi, ce qui prouve a postériori qu'il a cru de Ploeuc qui
était, une fois de plus, visé).
Moynot, raisonnant avec justesse, fait remarquer que dans un Paris
encerclé par les Versaillais, les joyaux auraient été invendables, sinon à très bas
prix, et ne constituaient pas une ressource financière pour la Commune.