|
Vous devez tous savoir que le 3 Septembre 1939, la
FRANCE et la GRANDE-BRETAGNE déclaraient la guerre à l’ALLEMAGNE, suite à l’invasion
de la POLOGNE par celle-ci .
De cette date à mai 1940, il ne se passa pas grand
chose : on appela cette période la "drôle de guerre" en France, et
la "guerre bidon" en Angleterre. La France s’endormit dans la passivité
pendant que l’Allemagne continuait à s’armer avec acharnement. Puis survint la
débâcle du 10 mai 1940.
Les batailles de la SOMME et de l’AISNE furent
rapidement perdues. L’ennemi progressant vers la Sein, le Général Weygand, à qui
le Gouvernement a demandé le 20 mai de prendre le Commandement des Armées, ordonna
de mettre en défense toutes les rivières susceptibles de barrer au Sud la route de l’invasion.
Ce fut ainsi que fin mai, le principe de la défense de la Loire fut
décidé.
A l’Ecole de Cavalerie, fut attribué le secteur
allant du confluent de la Vienne et de la Loire à 1’est (au-delà de MONTSOREAU),
au THOUREIL (au-delà de GENNES) à l’ouest , soit un front de 4Okm.
Ce front comprenait 4 points de franchissement de la Loire :
— le pont de MONTSOREAU ;
— le Viaduc de Chemin de Fer ;
— les 2 ponts de SAUMUR (de part et d’autre de l’Ile) ;
— le Pont de GENNES.
Le 9 Juin, les troupes allemandes bordaient la Seine
de VERNON à ROUEN, et le 10, ils la traversèrent à ELBEUF. Le 10 Juin, le
Gouvernement avait quitté PARIS pour s’installer à TOURS puis à BORDEAUX le 14
Juin.
La coupure de la LOIRE devint le seul obstacle
sérieux qui puisse permettre de tenter l’ultime bataille.
Une véritable migration humaine déferlait vers le Sud, militaires
et civils mélangés, fuyant l’invasion et encombrant les routes, ce qui rendait
impossible le mouvement de renfort des troupes.
Le 15 Juin, l’Ecole de Cavalerie, établissement d’instruction
relevant directement de la DIRECTION DE LA CAVALERIE, et non des ARMEES EN CAMPAGNE,
reçut de cette Direction l’ordre de repli à MONTAUBAN.
Cette prescription annulait l’ordre de défendre
les passages de la Loire dans le secteur imparti à l’Ecole, et son départ créait
un trou de 40 Km dans le dispositif de défense de la Loire.
Le Colonel MICHON, dont la grandeur d’âme, la
flamme et l’esprit de sacrifice étaient indiscutables, n’admit pas que l’Ecole
quittât SAUMUR sans combattre ; il obtint de ne renvoyer à l’arrière que les
éléments non susceptibles de combattre (personnel de service, chevaux....) et de
maintenir sur place les combattants, notamment les Cadres et les Elèves.
LE LUNDI 17 JUIN, à 12 heures 30 :
Message du Maréchal PETAIN donnant l'ordre de
cesser les combats, la demande d'armistice étant faite.
Le Colonel MICHON et son Chef d’Etat Major, le
Commandant LEMOYNE, convinrent que le prestige et l’honneur de l’Ecole de
Cavalerie nous commandaient, malgré cet ordre, de nous battre à SAUMUR pour tenter
de nous opposer, bien que n’ayant que de faibles moyens, à la traversée de
la Loire par 1es Allemands dans notre secteur.
Le Colonel MICHON convoqua tous les Cadres,, leur
exposant la situation et sa décision, mais, qu’étant donné les ordres
supérieurs, ils étaient libres de ne pas être du même avis :
TOUS FURENT VOLONTAIRES
Les élèves furent réunis pour leur exposer la situation ;
TOUS FURENT EGALEMENT VOLONTAIRES POUR ENGAGER LE
COMBAT.
Ainsi donc, dès le 17 juin, avant que ne
retentisse l’appel du 18 Juin, l’Ecole de Cavalerie entrait la première dans la
Résistance, aussitôt l’armistice demandé.
Il faut rappeler que nous étions attaqués par la
1ère Division de Cavalerie allemande, avec toute la puissance de feu de ses
blindés.
En face de cette puissance de feu, l’Ecole n’était
pas organisée pour constituer une troupe de combat, n’ayant pas d’approvisionnement
sérieux en armes de guerre et munitions :
— 1 mousqueton par homme ;
— des fusils mitrailleurs et des mitrailleuses St Etienne modèle
1915, servant à l’instruction ;
— absence d’artillerie, sauf quelque canons de 25 et quelques
mortiers de 60 et de 81.
Voici maintenant rapidement le déroulement du
combat, selon les documents officiels du Colonel MICHON commandant l’Ecole :
MARDI 18 JUIN à 13 Heures 30
Le P.C. de combat de l’ETAT-MAJOR s’installe sur la crête à
800 mètres à l’est du Château de SAUMUR.
Tous les Escadrons se portent à leur emplacement
prévu, sur les 40 Km de front.
Vers 21 heures, le Chef de gare de Château-du-Loir
prévient le P.C. que de fortes colonnes d’éléments blindés allemands se dirigent
sur Château Lavallière. L’alerte est donnée.
MERCREDI 19 JUIN 0 H 15 :
Le contact est pris au Pont de SAUMUR par des
blindés allemands qui sont détruits au canon de 25, tandis que les armes
automatiques de la défense tirent sur les motocyclistes allemands.
LA BATAILLE EST ENGAGEE :
0 H 20 : Le pont nord de SAUMUR est détruit sur
initiative de l’Officier chargé de la défense de l’Ile.
0 H 40 : L’ennemi déclenche des tirs
violents de "mienen" et d’obus par les chars embossés de part et d’autre
du Pont : réplique de nos éléments de défense.
2 Heures : Le pont de MONTSOREAU est détruit
après contact avec des éléments motocyclistes allemands qui mitraillent et
grenadent nos vedettes placées au Nord du Pont.
3 Heures : Le pont du Viaduc est détruit sur
ordre. Pendant toute la nuit, l’ennemi. continue à harceler par ses tirs l’Ile de
SAUMUR.
Au lever du jour , le contact est pris sur tout le
front. Une activité ennemie intensive est constatée de l’observatoire du P.C.
Des canons automoteurs sont aperçus se mettant en batterie sur les
bords de la Loire.
Les 77 et 105 ennemis, en batterie au
carrefour de la Ronde, commencent leur bombardement sur les défenses de SAUMUR.
L’absence d’artillerie de notre part se fait cruellement sentir.
Sur tout le front, les escadrons se renforcent pour
parer à une tentative de franchissement de la Loire.
De 14 Heures à 16 Heures : l’observatoire du
2ème secteur à Saumur signale une circulation intense et ininterrompue sur la route
de la Ronde à Saumur (Voitures 6 roues arrivant pleines et repartant vides).
16 Heures: l’escadron ~FOLTZ (145 hommes) se
reporte à MILLY le MEUGON. Le groupe MONTCLOS (80 hommes) est chargé de la défense
du Pont de ST FLORENT, et du Pont de la voie ferrée de NANTILLY. Le Pont NORD de
GENNES saute sur ordre.
Peu après, des éléments ennemis se présentent
devant GENNES, et envoient des rafales de mitrailleuses partant des Rosiers.
Bombardement violent par "mienen" et par
les batteries d’artillerie ennemies installées à la Ronde : sont particulièrement
visés : le pont sud de Saumur, le P.C. d’Etat- Major du Moulin, et les voies d’accès
de Saumur.
Le défaut d’artillerie française se fait de
nouveau cruellement sentir, nous privant de la possibilité de contre-battre les
batteries d’artillerie et les canons auto-moteurs allemands, hors de portée de nos
mortiers de 81. Tous ceux qui par contre étaient à notre portée, ont été
vigoureusement battus, en dépit des tirs adverses, par les deux mortiers mis à la
disposition du Lieutenant PERIN.
Sur un cordon de défense aussi étendu,, les
liaisons sont pratiquement inexistantes ! Les lignes téléphoniques ont été
coupées dès 5 heures par les bombardements. Les appareils T.S.F. de l’Ecole ont
été brouillés par l’ennemi ou détruits par bombardement. De ce fait, les
liaisons ont été assurées uniquement par des Agents motocyclistes de l’Ecole.
de 18 H à 19 H 35 : Secteur relativement
calme. Liaisons avec les différents Escadrons pour besoins éventuels de renfort.
19H35 : le pont Sud de Saumur saute sur ordre ;
les défenseurs de l’Ile restent sur leur position.
21 H : Bombardement violent de l’Ile de
GENNES, et de la rive Sud de la Loire, par l’artillerie ennemie de 77, et tir des
engins blindés ennemis embossés devant le Pont, et face aux extrémités de l’Ile.
Tentative de passage en barques à l’Est et à l’Ouest de l’Ile. Les tirs des
F.M. et des mitrailleuses l’en empêchent.
L’ennemi est repoussé par la défense efficace du
Lieutenant DESFLATS. L’engagement, extrêmement violent, dure jusqu’à 23 H 30.
Le pont sud de GENNES saute sur ordre, isolant dans
l’Ile la Brigade DESRELATS, qui reste en place.
A la nuit, toutes nos positions sont intégralement
maintenues, toutes les tentatives de franchissement sont repoussées par les armes
automatiques et nos mortiers.
Les Brigades engagées ont magnifiquement pris le
dessus sur un ennemi mordant et puissamment armé.
JEUDI 20 JUIN :
2 H : Un renfort composé de 2 compagnies d’élèves
Aspirants de Réserve d’infanterie de St Maixent, est affecté au secteur de SAUMUR.
Le secteur de GENNES ayant été fortement attaqué la veille, le Bataillon de St
Maixent reçoit l’ordre de se porter avec une Compagnie d’accompagnement, à l’Ouest
de GENNES pour renforcer la Compagnie ROIMARMIER.
4 H 05 : Très violent bombardement sur les lignes à GENNES,
et sur les observatoires de la crête du Château à Saumur.
Tir violent d’interdiction sur les voies d’accès
de Saumur, principalement dans la vallée du THOUET, et axe BAGNEUX-DOURNAND.
- .Attaque générale sur tout le secteur, et plus spécialement
sur GENNES et SAUMUR.
- les événements vont se précipiter, et se localiser, aussi il
est indispensable pour la clarté du déroulement des différentes actions, de
diviser les opérations en trois parties :
*Action sur GENNES — Action sur SAUMUR — Action sur MONTSOREAU.
A -ACTION SUR GENNES :
20 JUIN à 3 H 10 : Ordre est donné par le
Commandant d’Etat-Major au Capitaine FOLTZ, d’envisager son action sur GENNES de
la façon suivante :
1- Appuyer le peloton DESPLATS, isolé dans l’Ile ;
2 - Contre-attaquer au besoin, pour rejeter à l’eau tout ennemi
ayant pris pied sur la rive Sud de la Loire ;
3 - Interdire toute progression en direction des grandes rocades :
GENNES - CHENEHUTTE ; GENNES — COUTURES
et des pénétrantes :
GENNES - MILLY le MEUGON ; GENNES - LOUERRE.
4 Heures : L’Escadron du Capitaine FOLTZ est en place pour
exécuter sa mission.
4 H 50 : Bombardement intense de l’Ile de
GENNES et des rives Sud de la Loire, et tirs très violents des engins blindés sur l’Ile.
De nombreuses barques blindées ennemies, contenant chacune de 10 à 15 homme
traversent le bras Nord de la Loire, et l’ennemi prend pied dans l’Ile
Combats violents et résistance acharnés de la
Brigade DESFLATS et des Tirailleurs qui, après une lutte corps à corps sont
submergés. Le Lieutenant est mortellement blessé par un obus.
• L’ennemi occupe alors l’Ile de GENNES, et
essaye de franchir la Loire à l’Ouest de l’Ile avec plusieurs barques.
Intervention réussie par le feu des éléments du Lieutenant ROIMARMIER. Mais un
trou s’est produit à la gauche de ces éléments par suite du repli sans ordre du
lieutenant CHAUMAT, entre 2 et 3 heures du matin avant l’attaque. L’ennemi prend
pied sur la rive Sud à cet endroit.
Le groupe ROIMARMIER gagne un bois, 50 mètres en
arrière, d’ou il se replie sur, VIHIERS. Le Lieutenant ROIMARMIER a glorieusement
disparu au cours de cette opération, déchiqueté par un obus.
de 8 H à 13 H : la situation devient
critique. L’ennemi réussit à débarquer par un trou de 1.000 Mètres. Des
infiltrations ennemies se produisent dans les bois entre CUNAULT et GENNES.
L’Escadron FOLTZ est pris à partie par le feu
de l’ennemi de face, à sa gauche et à sa droite.
Le Lieutenant BONNIN pendant la défense de GENNES
est mortellement blessé par un espion (officier allemand en civil).
13 H 30 : Arrivée
auprès du Capitaine FOLTZ, du capitaine CHOPPIN, officier de liaison du Commandant d’Etat-Major,
qui leur annonce l’arrivée imminente d’un renfort composé de 2 chars, et d’un
peloton moto du groupe NEUCHEZE, avec lequel il doit contre-attaquer dans GENNES.
La contre-attaque, menée par le lieutenant de
GALIBERT, permet de réoccuper les emplacements de combat de la matinée sur la rive
sud de la Loire.
19 H- : Les brigades
sont débordées de tous côtés et l’ordre de repli est donné à l’Escadron
FOLTZ.
21 H- : Décrochage
sous un feu violent de l’escadron FOLTZ grâce à l’appui des auto-mitrailleuses.
L’escadron stationnera à minuit à la LANDES ELEVEE.
- Les opérations dans le sous-secteur de GENNES sont terminées.
Le sacrifice du Lieutenant DESPIATS défendant l’Ile, sans esprit de recul, l’initiative,
la clairvoyance et le sang-froid du Capitaine FOLTZ défendant GENNES jusqu’au
bout, la belle attitude des lieutenants ROIMARMIER et BONNIN tués en pleine
action, le cran déployé par les élèves de l’Ecole qui se sont brillamment
comportés alors qu’ils voyaient le feu pour la 1ère fois, ont permis d’opposer
une résistance acharnée, à un ennemi supérieur en nombre, muni d’artillerie,
de blindés et de moyens de feu puissants.
B - ACTION SUR SAUMUR
NUIT DU 19 AU 2O JUIN :
Les tirs d’artillerie ennemie, de 77, de 105 et
de "mienen", reprennent très violents sur l’Ile de Saumur, et sur la
rive Sud de la Loire.
Ces tirs durent jusqu’à 5 H 10, Heure à
laquelle des bateaux ennemis de 12 à 16 hommes sont mis à l’eau très rapidement
et traversent la Loire. La base de feu de l’ennemi, composée de chars camouflés
sur toute la rive Nord, ouvre le feu sans arrêt avec ses armes et canons
automatiques. Les deux premiers bateaux réussissent à passer malgré le feu de nos
mitrailleuses, mais les 4 bateaux suivants sont complètement vidés de leurs
occupants et s’échouent. Deux autres bateaux remontent la Loire et abordent à l’Est.
Le groupe de l’Aspirant CECCALDI après une
résistance acharnée où il laisse 3 tués et 7 blessés, tombe aux mains de l’ennemi.
Du P.C. on aperçoit plusieurs fusées blanches
sur la crête du PETIT PUY, donnant la confirmation que l’ennemi a pris pied sur
la crête.
Des dispositions sont prises pour prendre à
partie les éléments ennemis ayant traversé la Loire, colmater la poche ouverte
.par l’ennemi, et prendre liaison à AUNIS, avec l’Escadron St BLANQUAT, qui a
l’ordre de tenir la ferme d’AUNIS.
8 H 30 - : La situation est la suivante :
L’attaque sur SAUMUR est plus puissante que celle sur GENNES. Elle
est menée par la 1ère Division Blindée de Cavalerie allemande. Les tirs d’artillerie
et d’armes automatiques continuent sur la Brigade de la LANCE, qui est prise à
revers par l’ennemi. qui s’était infiltré par le haut de la falaise.
La Brigade NOIRTIN est complètement submergée et
doit être considérée comme perdue pour le combat.
Le peloton moto IMBERT se heurte à l’ennemi au
carrefour de VARRAINS, et son cher de peloton est tué.
Le Capitaine BLEUZE commandant le Bataillon de St
MAIXENT a ordre de contre-attaquer en s’appuyant sur 1’Escadron St BLANQUAT qui.
tient la ferme d’AUNIS.
Le Lieutenant PITIOT commandant le peloton de chars
Hotchkis, se met à la disposition du Capitaine BLEUZE pour participer à la
contre-attaque.
Midi : Le reste de la
Brigade de la LANGE et les tirailleurs, sous le commandement du Lieutenant St GERMAIN,
parviennent à traverser les lignes ennemies, et se replient sur Saumur par le
Château.
Les autres Brigades barricadent toutes les rues venant du Château
ou de DAMPIERRE, et se préparent à la Défense même de SAUMUR.
- Le lieutenant de BUFFEVENT, au cours d’une reconnaissance au
nord de la Loire a été tué, le reste de sa brigade réussit à traverser la
Loire à la nage.
- L’escadron de St BLANQUAT, menacé d’encerclement, est dans
une situation critique. Le Capitaine BLEUZE, décide de pousser en avant les chars
du lieutenant PITI0T pour dégager l’Escadron St BLANQUAT ; et ensuite soutenir
la contre-attaque en neutralisant l’ennemi, sur la crête au Sud et à l’Est
de la ferme d’AUNIS.
- Les Allemands se sont aperçus de la préparation de l’attaque
et déclenchent un tir de concentration et d’interdiction sur CHAINTRE et la
sortie Nord de CHAINTRE.
- Départ des chars français qui empruntent le chemin de terre de
CHAINTRE, et se déploient devant la ferme d’AUNIS, bloquant les feux ennemis et
dégageant l’Escadron St BLANQUAT. Le Lieutenant PITIOT est tué dans son char,
car l’ennemi avait déjà mis en place de nombreuses armes anti-chars.
12 H 15 : Progression
du Bataillon St MAIXENT, malgré les tirs très violents d’artillenie et d’armes
automatiques ennemies.
- Le contact est pris environ 500 mètres avant la ferme d’AUNIS
La progression continue sous le feu maintenant des armes automatiques en position
sur le piton d’AUNIS, et l’attaque française arrive à hauteur de l’Escadron
St BLANQUAT qui est ainsi dégagé. Le colmatage de la poche est ainsi réalisé
depuis la côte 20 jusqu’à SAUMUR, mais de nombreux attaquants auront été
fauchés par le feu ennemi.
13 H 30 : Violente
réaction de l’ennemi, qui un moment surpris, déclenche des tirs d’artillerie
sur toutes les lignes et particulièrement sur la ferme d’AUNIS qui commence à
prendre feu. Les chars encore. valides (5 étant hors de combat) s’étant heurtés
à des canons anti-chars automatiques ne peuvent continuer leur action, et se
replient vers DISTRE, où ils serviront d’appui au Commandant LAUNAY.
La ligne de feu sera tenue jusqu’au soir, à l’heure où dans
tout le secteur, l’ordre de repli sera donné.
C - ACTION SUR MONTSOREAU
L’action a été moins importante que dans les autres
sous-secteurs.
19 JUIN-2H : Le
lieutenant TRASTOUR fait sauter le Pont à l’arrivée de motocyclistes allemands et
de voitures 6 roues. Le poste de l’I1e ouvre le feu sur les éléments ennemis qui
ripostent aussitôt.
- Au cours de la journée, des éléments ennemis en civil, non
identifiés se dévoilent à l’Ouest de l’Ile tenue par les tirailleurs, les
prenant à revers sous les feux de mitraillettes.
20 JUIN : De minuit
à 4 heures, tirs d’artillerie sur l’Ile et la falaise. Des civils non
identifiés, en place certainement avant notre arrivée, sortent d’une maison et
tentent de s’infiltrer en direction du poste de commandement, ouvrant le feu à la
mitraillette et à la grenade.
Le Lieutenant commandant le poste fait une sortie à
la grenade, et place un fusil mitrailleur de chaque côté du poste, afin de tenir le
chemin situé à mi-hauteur de la falaise. Très curieusement, après échec de cette
tentative, les tirs d’artillerie ennemie reprennent avec plus de violence. Des
rapports ultérieurs, ont prouvé la présence dans cette région, d’un réseau
important d’espionnage.
- A 22 Heures, 1’ordre de décrochage étant parvenu, toute la
Brigade et les Tirailleurs se mettent en route à pied, dans le plus grand
silence, et ils gagnent la forêt de FONTEVRAUD sans avoir été repérés.
CONCLUSION
Les faits relatés ci-dessus (extraits du rapport
officiel d’Etat-Major) sans appréciation ni commentaires, font ressortir
lhéroïsme dépensé par les Combattants de l’Ecole de Cavalerie.
- En leur demandant à participer à la défense de la Loire, le
Colonel Commandant l’Ecole, savait la haute valeur morale des élèves qu’il
engageait au Combat; Il ne pouvait espérer qu’elle se manifesterait avec un tel
éclat.
- Les élèves de l’école avaient mission de tenir : Ils ont
tenu magnifiquement, acceptant le sacrifice sur les positions mêmes qu’ils
avaient à défendre, contre-attaquant avec une farouche énergie, chaque fois que
l’ennemi était parvenu à s’infiltrer dans leurs lignes.
- Au soir du jeudi 20 JUIN, le secteur de SAUMUR était
intégralement maintenu ; mais toutes les réserves du secteur étaient engagées,
et en partie dépensées, et les pertes très sévères.
- Une plus longue résistance n’était possible que si de
nouvelles réserves avaient pu être mises à sa disposition, ainsi qu’un
appoint d’artillerie dont le défaut s’est fait cruellement sentir durant tous
les combats.
Faute de moyens et de munitions, pour poursuivre une
défense efficace, le Commandant d’Etat-Major a dû se résoudre à entamer une
manoeuvre en retraite sur la VIENNE, qui lui était demandée par le Général PICHON,
Commandant la Région. Manoeuvre entamée le 20 Juin à 21 H 30 et disloquée dès le
21 au matin, par suite de la percée ennemie sur PORT BOULET et dans le secteur
avoisinant.
Si un nombre important d’élèves privés de
munitions et de tous moyens de transports ont dû sur l’ordre du Commandant de l’école,
se résigner à cesser le combat dans la forêt de F0NTEVRAUDT, et accepter la dure
épreuve de la captivité, ceux qui. disposaient encore de quelques munitions ont tenu
à franchir les lignes ennemies en direction du Sud, et ont tenté de se
raccrocher à quelques îlots de résistance.
Parmi ceux-ci, l’Escadron de l’héroïque
Capitaine FOLTZ, s’est brillamment distingué, tenant tête à 1’ennemi,
avec les débris de son unité : le 21 à ARGENTON, le 22 à BRESSUIRE,
et le 23 dans la forêt de SECONDIGNY, ou n’ayant plus de munitions, celui-ci a fait
enterrer les armes, et a conseillé à ses combattants de tenter leur chance en
échappant à l’étreinte de l’adversaire.
C’est à ce stade de la bataille, qu’il est
permis de constater que si les ressources en munitions et en matériel étaient
réduites à néant, les ressources en énergie et en volonté n’étaient pas
entamées malgré plusieurs nuits sans sommeil.
Entrant dans les vues de la Direction de la
Cavalerie qui avait fait connaître son intention de regrouper l’Ecole dans la
région de Montauban, trente Officiers ou Elèves, forçant les lignes de l’ennemi
ou s’échappant de ses mains après capture, vont regagner leur unité.
L Ecole de Cavalerie a revendiqué l’honneur de
participer à la défense de la Loire, dans le Secteur de SAUMUR, pour y affirmer, par
des actes, la valeur de l’enseignement militaire et moral, que depuis son origine,
elle n’a cessé de dispenser aux Cadres de la Cavalerie.
Elle a combattu,1es 19, 20 et 21 Juin 1940, jusqu’à
l’extrême limite de, ses moyens, infligeant à l’ennemi les pertes les plus
sévères, en en éprouvant elle-même de très lourdes, prodiguant des actes d’héroïsme,
et inscrivant dans les fastes de la Cavalerie, une page digne entre toutes de son
glorieux passé.
Le texte des citations ci-après en est le
témoignage :
CITATION DE L’ECOLE :

Je viens de vous présenter un extrait du rapport
officiel d’Etat-Major rédigé par le Colonel MICHON, Commandant de l’Ecole,
quelques jours après les combats.
Je dois ajouter que les Allemands qui avaient fait
prisonniers les élèves et Officiers de l’Ecole, dans la Forêt de FONTEVRAUD, les
escortèrent d’abord à BOURGUEIL, puis les ramenèrent à l’Ecole de Cavalerie ,
où ils les internèrent.
Après 15 jours de captivité, en raison de leur
résistance opiniâtre sur le Front de Saumur, ils les séparèrent des autres
prisonniers. Formant une colonne encadrée par leurs Officiers de l’Ecole et
seulement quelques soldats allemands, les élèves se dirigèrent en direction de la
Zone libre par LOCHES, où l’Indre franchie, ils furent libérés et rejoignirent
MONTAUBAN.
Les Allemands avaient libéré également 749
chevaux de l’Ecole , en même temps que les 218 Elèves et Officiers prisonniers.
Selon le rapport du Colonel MICHON, publié à
MONTAUBAN le 9 Août 1940, sur les 560 Elèves-Officiers ayant participé aux combats
de Saumur, il n’en restait que 366 :
79 étaient tués ou disparus
32 blessés en traitement
15 en convalescence.
QUELQUES FAITS DIVERS PARMI TANT D’AUTRES :
1— Lieutenant DESPLATS, défenseur de l’Ile de GENNES.
Pendant la première attaque, il se prodigue au
milieu de ses hommes, sans aucun souci des balles et des obus. Son optimisme
réchauffe les hésitants et galvanise les ardents. Il cause familièrement avec les
tirailleurs algériens qui lui ont été confié, leur tapant sur l’épaule, et
répétant :
" Surtout les Enfants , ne flanchez pas "
Au matin du 20 JUIN, pendant l’attaque qui devait
être décisive, il est d’abord frappé d’un éclat d’obus à la jambe. Il
refuse d’être évacué, il sort un pansement et s’apprête à bander la blessure
lorsqu’un obus le couche pour toujours.
2— Après la mort du Lieutenant DESPLATS, ses
hommes ayant lutté comme des lions sous la pression de plus en plus forte de l’ennemi,
et n’ayant plus de munitions, sont obligés de cesser le combat et de se rendre.
Seul, un tirailleur algérien isolé, bien camouflé
à la place qui. lui a été assignée, reste à son poste et reprend tout à
coup une lutte aussi inattendue pour les Allemands, que sans espoir pour lui. Il
tient tête farouchement, mais manque de munitions. Il est bientôt désarmé et fait
prisonnier.
A un sous-Officier qui lui demande alors : " Pourquoi
es-tu resté là tout seul... ? "
Il répond avec un large sourire de satisfaction : "
Bon Lieutenant a dit "Pas Flanché ", alors, moi, pas
flanché ".
3 - C’est aussi le Maréchal des Logis MONTIGNY, qui. reste tout
seul aussi avec son fusil mitrailleur à l’extrémité de la pointe Ouest du
Secteur.
Grièvement blessé aux jambes le 20 Juin, et ne
pouvant plus bouger, il demeure ainsi, baignant dans son sang, et continuant à
défendre son poste. Le lendemain une patrouille le découvre, le soigne, et le
fait évacuer.
Je voudrais vous citer maintenant un :
EXTRAIT DU COMPTE RENDU, REDIGE LE 3 JUILLET 1940,
PAR
LE GENERAL DER VORNACH
qui commandait la première division de cavalerie
allemande qui attaquait Saumur :
Alors qu’il y a quelques .jours les pointes des
colonnes allemandes se rapprochent de SAUMUR, tandis que les restes démoralisés des
divisions françaises battues sur la SOMME et sur la SEINE, traversent sans arrêt les
Ponts sur la Loire, et. tandis que le Maire de Saumur veut déclarer la ville :
"Ville ouverte", le Commandant repousse cette initiative, et place la ville
en état de défense avec ses 500 CADETS, élèves de Cavalerie.
Les Ponts sur la Loire sautèrent devant les
premiers blindés allemands. Et alors, le crépitement retentit de toutes les maisons
du Quartier Sud, de l’Est et de l’Ouest sur plusieurs kilomètres, des coupures et
des bastions naturels des hauteurs dont les rocs de craie blanche s’enfoncent ici
vers le lit du fleuve.
Au moyen de mitrailleuses, de canons anti-chars, d’obusiers,
" les CADETS DE l’ECOLE DE CAVALERIE " se battirent ardemment
pendant plus de deux jours dans une position sans espoir, tandis qu’à leur droite
et à leur gauche, retentissait déjà le chaos de la rupture générale.
Même le feu de notre artillerie allemande ne
pouvait ralentir cette vaillante résistance bien voulue reconnue par nous l’adversaire.
A peine se taisait-il d’un côté, même un instant seulement, qu’aussitôt
reprenait de l’autre côté le crépitement des mitrailleuses.
Elle retarda le passage des éléments allemands sur
le fleuve, mais ne put l’empêcher au-delà d’une certaine durée, dès qu’à l’ouest
de SAUMUR, et à plusieurs Km à l’est les têtes de ponts allemands furent
établis.
Les attaquants allemands de SAUMUR sont aussi des
Cavaliers. Ils appartiennent à la Première Division Blindée de Cavalerie, qui hier
s’est portée à 70 Km au Sud de SAUMUR, dans la région comprise entre THOUARS et
PARTHENAY, en une marche en avant contre un ennemi faiblissant.
Cet épisode n'eut pas la moindre part dans la
poursuite de l’adversaire et également dans le succès final allemand en France.
SIGNE :
GENERAL DER VORMACH
Commandant la 1ère Division Blindée de la Cavalerie Allemande
le Mercredi 3 Juillet 1940
Il est à noter que le Général Allemand fut le
premier à appeler les défenseurs :
1es CADETS de SAUMUR
et .........ce nom leur resta par la suite
|