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| | La 2ème Guerre Mondiale |
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M. SOURZAC, D irecteur de la Succursale de Dieppe, me téléphone pour me demander de lui envoyer une camionnette au bac de Jumièges, rive gauche de la Seine, où il se trouve avec le Personnel et le matériel composant son 2ème échelon sans moyen de transport, son camion de déménagement n’ayant pu franchir la Seine à ce bac.Non sans difficultés, je lui donne satisfaction et le 2ème échelon de la Succursale de Dieppe se réfugie le soir au Bureau.
Suivant ordre téléphonique du Secrétariat Général, je replie vers 16 heures mon 1er échelon sur Lisieux, d’où le chef du convoi m’avise, dans la soirée, qu’il se dirigera le lendemain sur Flers. A 19 h.20 un bombardement par avions (une soixantaine de bombes) fait de nombreuses victimes — 80 morts ou disparus, une centaine de blessés — dans le centre de la ville et dans le quartier St-Aignan, à proximité immédiate du pont de la Risle et de la Banque. P1usieurs foyers d’incendie sont combattus par les pompiers. Tard dans la soirée, le camion qui avait effectué le repli du 1er échelon de la succursale de Dieppe arrive de St-Malo pour se mettre à la disposition de M. SOURZAC.
De bonne heure cette succursale se replie en direction de St-Malo. A la suite du bombardement de la ville, de l’annonce de la destruction des Ponts de Rouen et de l’avance ennemie, la majeure partie de la population évacue la ville. Les magasins sont fermés, même les boulangeries, le ravitaillement est devenu impossible ; ni gaz, ni électricité, ni eau. Les bureaux de la mairie sont fermés. Les banques sont parties. J’estime prudent de préparer le repli du 2ème échelon. Je demande à M. NOBLAT, entrepreneur de déménagements, le camion réquisitionné au profit de la Banque. Ce camion n’est pas rentré. Je m’adresse à la gendarmerie, qui ne peut rien pour moi. Toutes démarches pour trouver un camion de remplacement demeurent vaines. Le chauffeur du camion laissé au bac de Jumièges, avait la veille téléphoné à M.SOURZAC pour l’aviser qu’il avait pu, avec son camion, franchir la Seine sur un autre bac et qu’il se trouvait en panne d’essence à Bourg-Achard, à 25 Kms environ de Pont-Audemer. Par M. NOBLAT, je fais dépanner le camion qui arrive à la Banque vers 1l heures. Je dispose de ce camion et fais procéder à son chargement. La destruction des ponts semblant avoir été le but du bombardement du 11, il est à craindre qu’une nouvelle tentative ne soit tentée par l’aviation allemande. Je me décide en conséquence à replier mon 2ème échelon en dehors de la ville, dans une zone de sécurité. Je choisis Toutainville, petit village situé à 5 Kms environ de Pont-Audemer. Le camion est garé dans un petit chemin dissimulé aux vues de l’aviation. -- Avec le concierge, je reste au bureau, en contact étroit avec le percepteur, M. PÉTRIAC. Dans l’impossibilité de communiquer téléphoniquement avec le Secrétariat Général, je rends compte de ce repli à M. GIBERT, Directeur de la succursale de Lisieux. Vers 20 heures l’incendie, non combattu par les pompiers qui se sont repliés, fait rage dans le quartier St-Aignan, les flammes atteignent le garage RADIQUET voisin de la Banque. J’ai l’impression, partagée par M. PÉTRIAC, qui a lié son sort au mien, que l’immeuble sera bientôt atteint. Je quitte le Bureau, et rejoins, avec ledit M. PÉTRIAC et le concierge, l’échelon replié à Toutainville, où nous passons la nuit, sans incident.
A la 1ère heure, toujours accompagné du percepteur et du concierge, je reprends mon poste au Bureau, lequel a été miraculeusement épargné. La Ville est abandonnée, la Gendarmerie s’est repliée, le Maire est parti. Seul, le Receveur des Postes est présent, en attendant d’être libéré par l’autorité militaire dont l’arrivée est annoncée comme imminente. Tout le quartier St-Aignan continue à brûler sans que l’incendie soit combattu. N’étant d’aucune utilité à Pont-Audemer, le Percepteur demande par téléphone, à son Receveur à Bernay, l’autorisation de se replier avec la Banque à Beuzeville, dont il est également Percepteur. Cette autorisation nous est donnée téléphoniquement dans l’après-midi par le Receveur de Bernay, qui ne peut évidemment nous faire parvenir un ordre écrit, mais qui me donne sa parole qu’il agit en plein accord avec le Préfet, et qu’il me fournira, en cas de besoin, la justification nécessaire. Je rends compte à M. HALPHEN, Inspecteur détaché à la Succursale de Caen, qui me donne l’autorisation de repli à Beuzeville où nous arrivons dans la soirée. Le camion est garé dans un chemin couvert. Nuit sans incident. Avant de partir, je délivre un ordre de mission à l’un de nos veilleurs de nuit, GERBET, gardien de l’usine COSTIL et volontaire pour continuer d’assurer la garde de nuit dans notre Immeuble.
Au matin, l’affluence des réfugiés est extrême à Beuzeville. Nous assistons à un exode lamentable de pauvres gens démunis de tout. Des milliers de personnes stationnent sur la Grand’Place et dans les rues. Le percepteur ouvre son bureau mais aucun client ne se présente. Le percepteur et moi obtenons, après des heures d’attente à la Recette des Postes, une communication téléphonique avec le Sous-Préfet de Bernay à qui nous signalons le danger que présente notre stationnement au milieu d’une foule immense en quête de moyens de transport et qui pourrait tenter de s’emparer de notre camion. Le Sous-Préfet autorise notre repli à Bernay, où nous partons dans 1‘après-midi. Nous arrivons dans la soirée au Bureau de Bernay où nous entreposons notre encaisse. Je téléphone à M. HALPHEN qui me prescrit de lier mon sort à celui de Bernay et par conséquent d’attendre.
Dès le matin, nous nous présentons, M. PETRIAC et moi, au Sous-Préfet, afin d’obtenir, en ce qui me concerne confirmation écrite de l’autorisation de la veille. Je me heurte d’abord à un refus ; je persiste et obtiens enfin un écrit ainsi libellé : " Le Sous-Préfet de Bernay en confirmation de sa communication téléphonique de ce jour, ne voit pas d’inconvénient à ce que Monsieur le Directeur de la Banque de France de Pont-Audemer en raison de l’insécurité de la ville presque totalement abandonnée par la population, et des instructions données par la Gendarmerie à à M. HEUZE, adjoint faisant fonction de Maire, se replie dans la région de Bernay pour sauver son encaisse. Bernay le 13 Juin 1940 Le Sous-Préfet " Le Bureau de Bernay n’ayant pas de camion, charge sur le nôtre les valeurs et documents composant son 2ème échelon.
Dans la nuit, vers minuit 1/2, nous sommes avisés, M. PEULTIER, Chef du Bureau de Bernay et moi, du repli de la gendarmerie. Il nous reste à savoir si la Recette des Finances se replie également. Je me présente à cette Recette où je retrouve M. PÉTRIAC faisant fonction de Receveur en l’absence du titulaire, en mission. La Recette qui a déjà chargé son camion se prépare à partir. J’obtiens du receveur intérimaire l’écrit suivant : " Le Percepteur de Pont-Audemer, remplaçant M. le Receveur des Finances, en mission, déclare avoir reçu ordre téléphonique de la Sous-Préfecture, de se replier. Ordre exécuté séance tenante 0h45". signé: PÉTRIAC. Nous nous présentons ensuite, M. PETRIAC et moi, à la Sous-Préfecture afin d’obtenir l’ordre écrit d’évacuation. Le Sous-Préfet refuse de nous délivrer cet écrit, en prétextant qu’il n’avait pas reçu d’ordre de l’Autorité Militaire, mais le Préfet, présent, après avoir fait téléphoner à la Place, nous remet un ordre d’évacuation concernant les 2 Bureaux : Bernay & Pont-Audemer. Cet ordre est entre les mains de M. PEULTIER. Nous partons de Bernay vers 1 heure 30 avec mission transmise téléphoniquement par M. GIBERT, directeur de Lisieux de rejoindre Caen, en passant si possible par Lisieux. Après arrêt à Lisieux, nous arrivons à Caen vers 9 heures. M. HALPHEN me demande de transporter son chauffeur (de la succursale de Lille) à demi paralysé, jusqu’à la succursale de Nantes où sa famille prévenue doit venir le prendre, et de me replier ensuite à la Roche-sur-Yon. Nous sommes victimes d’une panne à St-Hilaire du Harcouet. M. HALPLHEN nous rejoint pendant que nous réparons et nous prescrit de nous diriger sur la succursale de Fougères où nous arrivons vers 22 heures 30.
Départ de Fougères vers 11 heures. A Nantes, vers 18 heures, nous nous présentons à la Succursale où le contrôleur nous prie de faire hospitaliser notre malade à l’Hôtel-Dieu. Ce devoir accompli, avec le concours d’un Chef de Service de la Succursale, nous repartons à 19 Heures pour arriver à la Roche-sur-Yon vers 23 heures où l’ordre nous est donné de nous replier aux Sables d’Olonne.
Départ à 15 heures. Arrivée aux Sables d’Olonne à 17 heures, où nous retrouvons notre 1er échelon et où nous demeurons après avoir versé notre encaisse.
BANQUE DE FRANCE Limoges, le 1er juillet 1940 SECTION DU PORTEFEUILLE Services transférés à LIMOGES Mon Cher Directeur, Depuis les indications fournies par la note de service N° 420 du 25 mai dernier, concernant le lieu de repli de 52 succursales et bureaux auxiliaires, nous avons appris, par les courriers reçus à notre Direction de Limoges, quelques nouvelles destinations qu’il vous sera peut-être utile de connaître. Nous vous les indiquons ci-après, - sous réserve des modifications à intervenir par la suite -, et nous vous serions reconnaissants de nous signaler les lieux de repli connus de vous des Comptoirs autres que ceux que nous vous indiquons. Nous vous prions de noter sur votre état du Personnel le N° de téléphone spécial de nos services repliés à Limoges : 51-71. Veuillez agréer, mon Cher Directeur, l’expression de mes sentiments tout dévoués. L’Inspecteur, directeur du Portefeuille, CH. PRÉVOT.
BANQUE DE FRANCE Limoges, le 4 juillet 1940 SECTION DU PORTEFEUILLE Services transférés à LIMOGES LISTE COMPLÉMENTAIRE DES LIEUX DE REPLI SIGNALÉS PAR NOTRE LETTRE DU 1er JUILLET 1940
Modifications : NICE retourné à NICE SAUMUR à BRIVE (au lieu de PERIGUEUX)
BANQUE DE FRANCE Limoges, le 8 juillet 1940 SECTION DU PORTEFEUILLE Services transférés à LIMOGES 2eme LISTE COMPLÉMENTAIRE DES LIEUX DE REPLI SIGNALÉS PAR NOTRE LETTRE DU 1er JUILLET 1940
Nous avons été avisés que les Directeurs des Comptoirs ci-après ont regagné leur résidence : AUBUSSON - ROANNE - THIZY - VILLEFRANCHE-S/-SAONE Afin d’assurer l’expédition aussi rapide que possible de nos effets et des plis et documents qui nous sont envoyés en transit, nous prions les directeurs et chefs de bureau qui ont pu réintégrer effectivement leur résidence, - conformément aux instructions récentes du Secrétariat Général -, de nous en faire part aussi tôt que possible.
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Documents recueillis avec l'aimable participation de M. PRAUD Charles et de la succursale d'Evreux (où sont conservées les archives de Pt Audemer). |