Maintenant, il fallait bien participer à la lutte
contre la nazisme. Apprenant mon algarade avec le soldat allemand, qui
avait été notée à mon insu sur un carnet par un villageois, un
retraité de l ’armée, ami de mon oncle. Je me dis deux ans plus
tard, alors que j’approchais de mes 14 ans : " Tu as
fait tes preuves et tu es un garçon discret. Si tu veux, nous avons
décidé de t’enrôler pour accomplir des actions de
résistance".
J’avais appris que des soldats allemands, la
nuit, avaient tiré des coups de fusils sur des hommes circulant en
vélo et qui n’avaient pas voulu s’arrêter à leurs sommations.
Une nuit, prenant le vélo de mon oncle, en
compagnie du retraité, nous pédalions sur des petits sentiers,
pleins de poésie, bordés de talus nous protégeant de la vue de l’ennemi,
lequel en plus ne pouvait les emprunter en voiture en raison de leur
étroitesse. Arrivés près de la voie de chemin de fer, dans les
environs de Pleine Fougères, deux autres hommes munis de grandes
clés, barres à mine et autres outils, nous attendaient. Le retraité
me présenta à l’un d’eux :
" C’est un dur, il s’est permis de
gifler un soldat allemand en juin 1940, alors qu’il n’avait pas
encore 12 ans " leur dit-il en me désignant. Les deux
hommes me donnèrent une tape amicale sur l’épaule et l’un d’eux
me lança " Tu verras , on fera du bon boulot
ensemble ".
Quelques instants plus tard, un autre résistant
faisant le guet, appela le chef et lui dit quelques mots à l’oreille.
Des patrouilles de soldats allemands ayant été aperçues, l’opération
fut annulée. Elle consistait naturellement à démonter les rails du
chemin de fer pour faire dérailler un train chargé de matériel et d’armement
se dirigeant vers Saint-Malo. A Saint-Servan (actuellement Saint-Malo
sud), les Allemands de l’organisation Tod construisaient le
" mur de l’Atlantique " à la cité d’Aleth.
Ma mission aurait consisté à faire le guet sur l’un des deux
côtés de la voie de chemin de fer.
A ce moment là, j’ignorais que deux mois plus
tard, j’allais quitter ces résistants pour me rendre aux
" Orphelins d’Auteuil " à Paris et que je n’aurais
plus d’autres occasions d’accomplir d’autres actes de
résistance, sauf au mois d’août 1944, en aidant les soldats
américains à monter leurs tentes, en leur donnant des renseignements
sur l’activité de la résistance française ainsi que sur la
situation des combats.
Ces soldats américains se trouvaient dans le bois
de Boulogne et devaient attendre des ordres de leurs chefs pour
combattre à côté des soldats français de la 2ème D.B..
En tout cas, ils n’avaient pas l’air de s’en faire. On avait l’impression
qu’ils pique-niquaient. Nous étions plusieurs orphelins et je dois
dire que ces Américains semblaient étonnés en voyant la maigreur de
nos visages.
Très humains envers nous, ils nous donnaient du
chocolat, du chewing-gum ainsi que des cigarettes.
Un jour, ayant changé de direction, nous étions
près de la cathédrale Notre-Dame lorsque soudain, à environ 100 m
de nous, nous entendîmes des rafales de pistolets-mitrailleurs. C’était
impressionnant d’entendre le bruit de ces armes associé à des
cris, des hurlements de vengeance dont les sons rauques nous
montraient que nos résistants avaient puisé dans leurs réserves.
Epuisés par l’ardeur des combats, le manque de sommeil, la faim,
nous les apercevions d’une maigreur incroyable par plus de quatre
années de malnutrition. Mais, ils se redressaient, fiers,
indomptables, ayant décidé de vaincre l’ennemi.
Je ne pouvais m’empêcher de songer à cette
femme héroïque tenant le drapeau tricolore que l’on aperçoit sur
des tableaux ou sculptures. La France éternelle montrait aux
dictateurs qu’ils allaient périr sous la révolte des opprimés.