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Il y cinquante ans, la
Résistance vivait les heures cruciales de la Libération. Le courage ne
manquait pas, mais les moyens financiers faisaient défaut. Le 26 juillet
1944, à Neuvic, en Dordogne, les FFI détournent un wagon de la Banque de
France : à bord, 150 sacs bourrés de billets. Un pactole — 2 milliards
280 millions de francs — qui stimula l’action des maquis... mais dont
l’utilisation suscitera, des années après, une belle polémique.
" Vous manquez d’argent ? Attaquez donc le
wagon de la Banque de France ! " Ce
conseil émane... du préfet vichyssois de Périgueux lui-même. Il a une
conséquence immédiate : le 26 juillet 1944, en gare de Neuvic, à
20 km à l‘ouest de Périgueux, la Banque de France est délestée de la
somme colossale de 2 milliards 280 millions de francs, au profit des FFI
(Forces françaises de l’intérieur) de la région 5.
Ce coup de main exceptionnel n’est pas seulement un
défi au régime de Vichy; il répond à une nécessité impérieuse,
imposée par les circonstances matérielles et morales qui suivent le
débarquement en Normandie.
En quelques jours, en effet, la Résistance passe de l’enthousiasme
au scepticisme et à la confusion générale. Pour accélérer la
libération du territoire, faut-il continuer les actions de commando
intensives, ou attendre des jours meilleurs, dans l’espoir d’une aide
substantielle des Alliés ? Le
10 juin un ordre inattendu arrive de Londres. Le général Kœnig,
commandant supérieur des forces françaises en Grande-Bretagne et
commandant des FFI, annonce à la radio qui est impossible de ravitailler
les maquis en armes et en munitions, et qu’il faut interrompre
momentanément les actions de résistance. Une décision paradoxale
puisque, dans la nuit du 5 au 6 juin, à la veille du Débarquement,
Anglais et Américains ont lancé sur Ici Londres des appels
pressants à la mobilisation des réseaux de résistance. Pourquoi ce
revirement, qui risque de démoraliser les partisans ? Après l’effet de
surprise du 6 juin, les Allemands se sont ressaisis et contre-attaquent.
Pour les Alliés, la situation militaire
est plus tendue que prévu et la priorité n’est plus le soutien aux
maquisards. Ceux-ci, sans ravitaillement suffisant, ne peuvent agir
efficacement et il est prudent de les faire patienter, estime l’état-major.
Pour ajouter à la contusion, l’ordre de Kœnig n’a
pas tout l’effet escompté. Certains réseaux n’en ont même pas
connaissance. Le message n’a touché que quelques privilégiés,
disposant de postes émetteurs et récepteurs. qui répercutent plus ou
moins bien l’information. Au contraire, les messages personnels
précédant le 6 juin et appelant à la mobilisation, ont été diffusés
par la BBC, et donc entendus par tous les Français à l’écoute d’Ici
Londres. D’autres réseaux décident de ne pas tenir compte du
communiqué et de poursuivre les attaques contre les Allemands. Le maquis
du Vercors en fera l’expérience tragique que l’on sait. Seuls les
réseaux qui manquent vraiment d’armes et de munitions sont contraints
de cesser les combats. Certains, pourtant trouveront des solutions
originales... et rentables pour remédier au manque de fonds. Tel est le
cas ces groupes AS-MUR. (Armée secrète - Mouvements
unis de résistance) de Dordogne.
Après la période de débrouillardise, accompagnée d’inévitables
larcins qui caractérisa les débuts du maquis, les responsables de la
Résistance décident qu’il est temps que l‘Etat de Vichy " paie
la guerre " . Pour
le colonel Georges, patron des FTP (Francs-tireurs et partisans) du Lot,
compagnon de la Libération, les raisons de ce choix sont autant
politiques que pratiques : ! " Ainsi donc, les
postes et les perceptions, les caisses publiques dans leur ensemble, les
banques également devenaient nos sources financières. J’ai
toujours ou le sentiment que, s’agissant d’une guerre de libération
nationale, il valait mieux la financer avec des tonds publics soustraits
aux caisses du gouvernement de Vichy, que d’avoir recours à des
particuliers. ". Il
faut bien faire vivre les maquisards -qui touchent une solde variable
suivant les moments, les groupes, les responsabilités- et leurs familles.
Etant donné les besoins, pourquoi ne pas prélever les sommes en
quantité, directement auprès de l’institut d émission, c’est-à-dire
la Banque de France ?
Le 9 février, un " groupement
autonome " attaque
un convoi à destination de la succursale du chef-lieu du
Puy-de-Dôme, dérobant plus d’un milliard de
francs (1.003.008.540 francs précisément). Quelques jours plus tard, le
commando est " dépouillé " de
735 millions par une formation régulière FTP ; à
la Libération, le
Front national, héritier des FTP, reversera 438 millions de francs au
Trésor et en conservera 297 millions pour ses besoins propres ! Les
auteurs du détournement garderont 164 millions. La police récupérera
environ 104 millions. après que les numéros de série des billets eurent
été rendus publics, donc
inutilisables, par un communiqué du 30 mars 1944 de la Banque de France.
Mais le plus " beau coup " fut sans
conteste le détournement de Neuvic, qui rapporta la somme de 2 milliards
280 millions de francs.
Au début de l’été 44, contrairement aux maquis du
Lot qui selon le colonel Georges, n’avaient plus de problème de
trésorerie, les maquis de Dordogne manquaient cruellement de fonds. Dans
une lettre du 1er juillet adressée au préfet de la
Résistance, Maxime Houx, le chef départemental des FFI de Dordogne,
Martial (lieutenant-colonel Gaucher), fait un point pessimiste de la
situation. Martial craint " une désagrégation morale
complète " de
ses hommes, suivie, si aucune mesure sérieuse n’est prise, d’une
crise de banditisme inévitable, aux conséquences dramatiques étant
donné l’état d’esprit actuel des populations civiles ".
L’enthousiasme du 6 juin, en effet, a rapidement fait
place à l’anxiété et à la lassitude chez les maquisards comme dans
la population civile. Les combattants, fatigués et traqués, préoccupés
du sort quotidien de leurs proches "actuellement sans ressources
et probablement sujets à des mesures de coercition de la part des
autorités vichyssoises et étrangères " ,
et dont ils sont séparés depuis déjà un mois,
dénoncent l’insuffisance de leurs moyens financiers et militaires.
Les civils, de leur côté, menacés par les
représailles allemandes, soumis aux réquisitions de nourriture, se
montrent de plus en plus réticents. Pour ne pas se les aliéner, Martial
estime qu’ "il est absolument indispensable que nos groupes de
combat puissent se comporter honnêtement et assurer le règlement de
leurs achats. " Il
réclame, pour les 7.500 hommes des trois secteurs dont il a la charge,
une somme d’urgence de 8,2 millions de francs, uniquement pour couvrir
la période du 5 juin au 5 juillet. Martial évoque également une autre
possibilité, suggérée par un banquier belge de la Résistance,
réfugié dans le secteur : il s’agit de l’émission d’assignats,
option en fin de compte repoussée par les responsables de la Résistance.
La solution survient de façon inattendue, grâce à la complicité active
du préfet Callard, récemment nommé à Périgueux par le gouvernement de
Vichy. Au cours de différentes rencontres, Martial informe Callard des
besoins du maquis en argent et en vivres. Le préfet prend aussitôt
quelques mesures. Le trésorier-payeur général de la Dordogne, Latapie,
membre de la Résistance depuis longtemps, reçoit l’ordre d’approvisionner
les perceptions des cantons occupés par les FFI en espèces au-delà de
leurs besoins, la marge ainsi dégagée étant mise à la disposition de
Martial. Cependant, l’importance croissante des effectifs de Martial
rend cette mesure insuffisante, et il faut trouver autre chose.
A la mi-juillet, le préfet Callard apprend que la
succursale de la Banque de France à Périgueux détient dans ses caves
huit ou dix milliards en billets. Ces espèces, destinées à la
succursale de Bordeaux, sont entreposées à Périgueux par crainte des
bombardements. Elles sont rapatriées sur le chef-lieu de la Gironde au
fur et à mesure des besoins, essentiellement des versements à la
Kriegs-marine, la marine de guerre allemande, en application de la
convention d’armistice. " Le directeur de la Banque de
France de Périgueux me soulignait les tracas que lui occasionnait la
présence de ces milliards en papier, raconte Callard, et notamment
sa crainte qu’il avait d’un coup de main des maquis sur ses cave. Je
vis immédiatement là la possibilité de procurer des tonds à Gaucher et
au préfet du maquis, Maxime Roux. J’abondais dans le sens du directeur
de la Banque de France, et lui suggérais, à l’occasion de la prochaine
demande de la Banque de France de Bordeaux, de sortir de ses caves un
chiffre important de billet. " A cette époque, la bonne
disposition des hauts fonctionnaires de Vichy envers la Résistance n’est
pas rare. Ce qui n’empêchera pas Callard, à la Libération, d’être
destitué comme tous les préfets vichyssois, et de céder sa place à...
Maxime Houx, son " collègue " de la Résistance.
Le coup va être rapidement organisé. Le 25 juillet,
Callard est informé qu’un wagon spécial attelé au train régulier qui
assure tant bien que mal la liaison de Périgueux à Bordeaux, emportera,
le lendemain dans cette ville 2 milliards 280 millions en billets,
répartis en 150 sacs pesant au total six tonnes. Il prévient aussitôt
Martial. Sur ses ordres, le wagon est escorté d’un groupe de policiers,
dont seuls les plus sûrs — un
commissaire principal et quatre inspecteurs des Renseignements généraux
de Périgueux — sont mis
dans la confidence. Consigne : ne pas se servir de leurs armes si le
train est attaqué par un groupe FFI et neutraliser sans effusion de sang,
les quelques policiers qui ne sont pas dans le coup. L’état-major FFI
charge de l’opération la centurie Verdun, le groupe Valmy, les
détachements Ancel et Paul Henry et le groupe franc Roland. L’attaque a
lieu en gare de Neuvic le 26 juillet en début de soirée. L’un
des plus importants hold-up de l‘Histoire avait reçu la bénédiction
de presque toutes les autorités officielles...
Comment fut gérée cette fortune providentielle ? Le
lendemain de la saisie, tous les sacs (moins un, perdu en route...) sont
remis aux civils du maquis, (c’est-à-dire au préfet Houx et à deux
membres du comité départemental de Libération). Pour éviter que le
trésor ne soit récupéré par les Allemands ou les FTP, Houx en confie l’essentiel
à cinq résistants sûrs et discrets. Puis les sommes sont réparties
entre différents groupements et responsables de la Résistance. En
automne 1944, la comptabilité des versements est remise à l’autorité
militaire régulière qui, après examen des chiffres, donne son accord.
Cependant, peu après le détournement, la Banque de France avait déposé
une plainte. L’enquête judiciaire, doublée en 1945 d’une enquête
administrative ordonnée par le gouvernement, déclencha une polémique
passionnée sur l’utilisation des " milliards
de Neuvic ".
Le 28 octobre 1944, Maxime
Roux, nouveau préfet de la Dordogne, confirme au juge d’instruction de
Ribérac que les fonds ont bien été enlevés "pour être
utilisés à la libération du territoire ". Cependant, en
1952, Pierre de Léotard, député de droite de Paris, interpelle le
gouvernement Pinay sur l’ensemble des " prélèvements"
effectués par la Résistance au détriment de la Banque de France,
entre février et octobre 1944 (4 milliards 237 millions de francs au
total). Son intention est claire : mettre en cause certains membres
de la Résistance, en particulier les communistes. L’affaire de Neuvic,
il est vrai, n’est pas aussi limpide que la réponse du préfet Houx le
laisse penser. Le " rapport Clappier ",
du nom de l’inspecteur des finances chargé de l’enquête
administrative, n’a jamais été publié. De même, il ne semble pas que
le président du Conseil ait répondu à la question de Léotard, qui
demandait, notamment, si l’état dressé le 29 décembre 1944 par le
payeur départemental aux Armées des FFI était authentique1.
D’après ce document, les fonds de Neuvic auraient été distribués à
différentes organisations de résistance des régions 5 et 6. Certains
auraient servi à la libération de résistants emprisonnés (dont 4
millions pour celle d’André Malraux, alias colonel Berger, capturé le
22 juillet à Gramat mais cette interprétation est contestée par les
historiens). Surtout, le document reconnaît la " perte "
de 2.287.000 francs et le versement de 450 millions
" sur fonds camouflés " à un personnage non
identifié. Au total, c’est près d’un cinquième de la somme dont l’utilisation
est incertaine. Selon Henri Amouroux2, 797,9 millions (soit 35
%) auraient été reversés au Trésor, à partir de 1945. Comment
s’étonner, dès lors, que l’affaire ait autant enflammé les esprits
?
" Si le coup réussit, il y aura une prime
de 1.000 francs pour tous tes participants " avait promis l’état-major
FFI, peu avant l’attaque. Le lieutenant Gandoin commandant du groupe
Valmy, qui était en train de se faire raser par le coiffeur
du camp, avait bondi : "
Valmy n’accepte pas de prime. Nous sommes des
combattants et non des pirates ! " Parmi
les destinataires, quelques malins, peut-être riches et célèbres
aujourd’hui se montrèrent moins délicats....
Mais, et c’est là l’essentiel, le coup de Neuvic
avait permis de régler les problèmes financiers de la Résistance, à un
moment où la libération de la France, dont on fête le cinquantième
anniversaire, jouait son va-tout.
Laurent BAUDOIN
(1 ) . Journal
officiel Débats parlementaires 2ème séance du 18/12/1952 p. 6598.
Henri Amouroux. La Grande Histoire des Français sous l’occupation
1988, t8 p 222.
Voir aussi : Guy
Penaud. Histoire de la Résistance en Périgord.
1985 p 373.
FOURGON DE TÊTE
L’affaire de Neuvic prend encore aujourd’hui, en
Dordogne, des allures de légende. Les ordres de l’état-major FFI
étaient clairs : en aucun cas le convoi de la Banque
de France ne devait arriver à destination.
Le 26 juillet, au milieu de l’après-midi, les
maquisards de Valmy, bientôt rejoints par ceux de Roland, arrivent à
Neuvic. Ils occupent ta poste, barrent les routes d’accès à la gare,
placent quelques mines, un mortier (avec trois obus, une misère!) et des
fusils-mitrailleurs. Ils délivrent une réquisition au chef de gare et s’installent
dans les fossés, après avoir écarté les curieux, nombreux et bavards.
A 19 h 45, le train s’approche, dans un grand bruit de freins et un jet
de vapeur. Devant son allure paisible et l’absence d’escorte visible,
les résistants s’inquiètent: " Nous
sommes refaits, s’exclame Gandoin, c’est un inoffensif train de
voyageurs ! " Des
voyageurs bien imprudents, au demeurant, car en ce mois de juillet 1944,
les avions alliés et les résistants s’acharnent sur les lignes de
chemin de fer. Les hommes s’avancent vers le train, qui vient de s‘arrêter.
" Que
personne ne descende ! ", ordonne
le capitaine Roland. Le chef de train, d’un air entendu, lui souffle:
"Fourgon de tête ! "
Les hommes se précipitent, ouvrent la porte
du wagon, où se trouvent les quatre inspecteurs
des Renseignements généraux. On convient d’une mise en
scène : les maquisards vont simuler une attaque. Deux hommes montent
sur la locomotive, ordonnent au mécanicien et à son
chauffeur de décrocher le fourgon en question. "La manoeuvre fut
exécutée par le mécanicien avec quelques manifestations de
mécontentement, mais ma mitraillette était présente "
racontera André Legrand, l’un des deux
assaillants.
Les convoyeurs tirent en l’air, pour la forme, et le
wagon est poussé sur une voie de garage. Plusieurs maquisards, en
embuscade dans les vignes bordant la gare, accourent. En une demi-heure,
les 150 sacs plombés sont déchargés et
entassés dans le camion à gazogène et la camionnette
du bataillon Roland. Avant de quitter la gare, le délégué de la
Banque de France, qui se trouvait dans le train, demande au lieutenant
Krikri, représentant de l’état-major FFI, de lui délivrer un bon de
réquisition. Krikri sort son carnet à souche
et, sur le plancher du wagon, signe un reçu de 2 milliards 280 millions
et 1.500 francs (ces quinze cents francs représentant le coût de 250
sacs de toile à 1O francs l’unité...) Un
hold-up mené dans les formes, en quelque sorte ! Dans le bureau du chef
de gare, un maquisard se charge de faire patienter, sans donner l’alerte,
les gares de Saint-Astier, où se trouvent des Allemands, et de Mussidan,
qui s’étonnent du retard du convoi.
Quant aux voyageurs, consignés dans le train, ils
subissent un contrôle d’identité. Ils ne peuvent ni descendre, ni
ouvrir les portières et les fenêtres, ni se lever de leur siège ; les
responsables de la Résistance veulent éviter tout incident et toute
dénonciation. Les quatre policiers témoigneront de la parfaite conduite
des maquisards (qui ne se sont même pas saisis des 400 boîtes de
conserve de cèpes destinées au comité social de la Banque de France de
Bordeaux !) Sous une pluie battante, les véhicules prennent la route du
maquis de Cendrieux. La camionnette tombe rapidement en panne; il faut
décharger les sacs et les transférer sur le camion à gazogène. L’orage
ayant détrempé les chemins qui mènent au quartier général, c’est à
dos d’homme que les sacs arrivent à destination. Là, ils sont
aussitôt remis à Martial, le chef départemental des FFI de Dordogne, et
à Rizza, trésorier de l’état-major.
A défaut de cèpes, les maquisards ont droit à une
sardine entre deux tranches de pain, avant d’aller se coucher,
épuisés.
LE PACTOLE
Le trésor de Neuvic représente 54 % du total des
"prélèvements " de
la Résistance sur la Banque de France en 1944 (4 milliards 237 millions
de francs). Un chiffre à comparer avec les 6 milliards 664 millions
évacués en juin 1940 de Dunkerque vers l‘Angleterre. Les 2 milliards
280 millions de Neuvic correspondent à un milliard 961 millions de francs
de 1992. L’équivalent du budget consacré à l’aménagement du
territoire (un milliard 914 millions) ou trois fois le budget de la
région Aquitaine pour la même année (663 millions de francs)... Henri
Amouroux a calculé ce que pouvait représenter une telle somme à l’époque
" Avec 2
milliards 280 millions de francs, il était possible, en juillet 1944, d’acheter
43.000 veaux pesant 100 kilos chacun, 12.000 cochons de 120 kilos,
10.000 tonnes de pommes de terre à 4,50 francs le kilo, 25.000 kilos
de fromage de Cantal à 44 francs le kilo et, pour arroser le tout, 20.000
barriques de vin à 2.200 francs la barrique. Ou encore de nourrir,
pendant un an, 156.100 maquisards, puisque la nourriture quotidienne de
chaque maquisard coûtait 40 francs. (Ces chiffres ne sont pas ceux du
marché noir, mais ceux payés, en juin 1944, aux paysans du Lot par les
maquis locaux |