| La 2ème Guerre Mondiale
 

LIBERATION DE PARIS

   
    
   
 

e peintre militaire Pierre Albert Leroux, habite un calme atelier, non loin de la porte d'Orléans. Il a fait, en brave soldat, l'autre guerre,

celle de 1914, et son âme est demeurée vibrante au choc de l'idée de Patrie.
   
 

Faut-il s'étonner si, lorsque lui parvient l'écho des premières cinglées de mitraillettes, il ne put résister à leur appel ? Hâtivement, mais avec méthode, il prépara le petit en-cas d'aquarelliste, qui pendant la guerre lui avait servi souvent à noter ce que l'appareil photographique est condamné, par sa nature même, à ignorer ou du moins à ne pouvoir reproduire.

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  L'objectif, en effet, ne peut noter l'expression morale d'un mouvement, ni la sorte de communion émouvante qui s'établit entre le décor d'une scène, son atmosphère, sa couleur générale et les gestes humains ; ceux-ci, l'ambiance les dramatise, parfois elle les magnifie, toujours elle les rend intéressants par le caractère sentimental qu'elle en dégage.
Pour que nous puissions mieux la goûter cependant, faut-il encore qu'un artiste l'ait ressentie et su la traduire.
Or, le Peintre Leroux allait être cet homme.
Rajeuni de vingt ans à cet appel du combat , il assura dans ses poches : pinceaux, crayons, couleurs et carnets de notes, ferma la porte de son atelier, et, le cœur battant, sortit dans la rue.
Pareil à quelque promeneur curieux en un jour de liesse populaire, il allait par les rues, un peu désertes, vers les points que la rumeur de conversations entendues lui désignaient comme " intéressantes ".
Jamais l'été finissant n'avait donné à Paris une lumière plus radieuse.
La nature semblait avoir préparé pour la triomphale délivrance un décor de féerie.
Leroux marchait, l'oeil aux aguets, cherchant... à noter...
   
 

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Du 19 au 26 août, il ne cessa de flâner dans Paris insurgé, dans ce Paris, qui peu à peu se libérait de son régime antérieur et de l'oppression Boche.
 

C'est le carnet de notes simples et sincères qu'il rapporta de cette campagne, qui a été réuni dans le présent album. 

Elles restituent l'atmosphère de ces journées de révolte, de bravoure, de combat, plus encore qu'elles n'en racontent méthodiquement l'histoire.
Mais sans elles le récit des faits qui, après plusieurs mois passés depuis les événements, doit rester simplement, froidement objectif afin de prendre sans difficulté sa place dans l'histoire, ce récit perdrait une part de vérité. La semaine qui s'écoula du 19 au 26 août, fut une semaine d'épopée, désormais et pour toujours, elle doit apparaître à ceux qui voudront la connaître, avec son visage irradié d'enthousiasme, de bravoure, de jeunesse et d'espoir durant la lutte, et rayonnant enfin d'ivresse dans la joie de la Libération.
La semaine épique que termina victorieusement la Libération de Paris semble, dès à présent, avoir été le dernier acte d'une révolte qui, durant quatre années a raidi le peuple de Paris contre ses oppresseurs et contre ceux qui avaient rendu possible l'oppression, lutte sourde mais ardente qu'avivait chaque jour l'écho des exécutions dans les fossés de Vincennes.

L'âme vengeresse des 75.000 hommes fusillés à Paris par les Allemands, joignait son cri de douleur à l'appel silencieux des millions d'êtres, soldats, internés politiques, prisonniers de guerre, travailleurs déportés au loin et réduits en esclavage. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Mais le peuple comprenait que, pour tenter et réussir la révolte finale, il lui fallait attendre un coup d'épaule ami, car il était lui-même désarmé. Durant deux ans, malgré les efforts tentés par l'ennemi pour l'amener au découragement et à la résignation, il garda héroïquement l'immobilité silencieuse du soldat dans la tranchée en attendant l'heure H, l'heure d'agir
   
  Le 6 juin, ayant. appris que les Anglo-Américains avaient débarqué sur les côtes normandes, le peuple de Paris sut alors que l'heure était proche et qu'il fallait tendre toutes les volontés.
Les chefs des nombreux groupements de la Résistance renforcèrent l'activité clandestine, concertant une tactique convenue, en vue du grand soulèvement.
Depuis bien des jours déjà, au commencement d'août 1944, le peuple de Paris vivait dans l'attente des grands événements d'où naîtrait la délivrance.  
 

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Il les escomptait bien avant que le débarquement des Alliés n'en eût précisé la promesse, puis durant les deux mois qui suivirent, il avait épié leurs progrès anxieusement sur la carte et dans les communiqués laconiques des états-majors.
   
    
  GUÉRILLAS
   
 
La décision prise par les Comités de Résistance de brusquer les événements sans attendre l'arrivée des troupes américaines et d'essayer de libérer Paris de la garnison allemande, grâce à la volonté et au courage de quelques milliers de braves mal entraînés à la discipline de combat et surtout mal armés pouvait sembler une initiative terriblement audacieuse ! Cliquez sur l'image pour l'agrandir
 

" Qu'est-ce que ça prouve ? " déclarait jadis un sportif étranger très connu, en apprenant le succès du raid audacieux accompli par un de nos grands aviateurs du début. " Hé quoi ! on sait bien qu'on peut toujours trouver en France des gens disposés à risquer de se casser la g..., uniquement pour montrer au monde qu'ils n'ont pas peur ! "
Le compliment était aigre-doux, à la vérité ; mais si l'on y réfléchit, c'était un beau compliment tout de même. Soyons donc fiers pour nos F.F.I. qu'ils l'aient, à leur tour, mérité au cours de leur glorieuse semaine. 
Du point de vue strict de la méthode et de la logique, les hommes raisonnables auraient pu douter d'eux. S'insurger contre des ennemis puissamment armés lorsqu'on ne possède soi-même, pour l'attaque et pour la défense d'autres armes que des revolvers, quelques mitraillettes et fusils, avec une demi-douzaine de cartouches par homme, n'est-ce pas une folie ?

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Il les escomptait bien avant que le débarquement des Alliés n'en eût précisé la promesse, puis durant les deux mois qui suivirent, il avait épié leurs progrès anxieusement sur la carte et dans les communiqués laconiques des états-majors.
  L'abîme qui, dans un tel cas, sépare la logique de l'action, l'héroïsme le comble et permet de le franchir.
Le colonel Rol-Tangy, chef des F.F.I. de 1'Ile-de-France,comprit heureusement que la guerre des rues ne pouvait nous devenir favorable qu'à la condition d'empêcher les Allemands de pratiquer un investissement méthodique leur permettant de détruire leurs adversaires, presque sans danger pour eux-mêmes, puisque leur matériel d'attaque n'allait affronter qu'un ennemi pour ainsi dire désarmé. Le problème pour les Français se posait donc ainsi : dresser contre l'ennemi des obstacles assez nombreux pour annihiler sa faculté de déplacement rapide, et cela dans le centre de la ville aussi bien que dans les quartiers excentriques, et pratiquer, autant que possible, la lutte d'embuscade pour laquelle la valeur et l'initiative individuelles possèdent une importance capitale.
Il recommanda aux Parisiens de construire dans toutes les rues des barricades, afin d'aider les combattants de la Libération et d'empêcher les Allemands de rouler.
De son côté, le C.N.R. adressait à la population parisienne l'appel suivant :
 
"L'insurrection du peuple de Paris a déjà libéré de nombreux édifices publics de la capitale. Leur première grande victoire est remportée. La lutte continue. Elle doit se poursuivre jusqu'à ce que l'ennemi soit chassé de la région parisienne... Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  La population doit, par tous les moyens, empêcher la circulation de l'ennemi. Abattez les arbres, creusez des fossés antichars, dressez des barricades.
C'est un peuple vainqueur qui recevra les Alliés." 
Comité parisien de Libération (C.P.L.).
   
  Les Parisiens ne mirent pas longtemps à répondre à l'appel aussitôt affiché. Tous souffraient de se sentir inactifs dans la lutte. On leur offrait un moyen d'y prendre part, ils saisirent l'occasion avec enthousiasme. En quelques heures, la physionomie de la rue était. déjà changée en nombre d'endroits. Pittoresques ces barricades ? Certes, mais ce n'est pas d'esthétique qu'alors il s'agissait.
 

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Les événements politiques du dix-neuvième siècle ont, à maintes reprises. entraîné les Parisiens à construire une barricade : un ou deux camions renversés, puis, sur cette assise essentielle, tout ce que le bric-à-brac des arrière-cours ou de la rue petit fournir d'obstacles improvisés : arbres abattus, grilles de fonte, vieux lits de fer, sacs à terre, pavés enfin.
  C'est étonnant de voir avec quelle rapidité des femmes, des enfants même, sont capables de dépaver un bout de rue et de transformer les matériaux ainsi obtenus en barricade. Quelques sacs de sable, pour couronner le tout - oh ! sage prévoyance de la Défense passive ! - et les combattants peuvent en user comme d'un excellent parapet de tir.
Dans certains quartiers, les F.F.I. ont rapidement réussi à " emprunter " les armes qui leur manquaient aux Allemands eux-mêmes, et le type insurrectionnel classique a été respecté... à peu près. La base de la barricade a été constituée par quelques voitures renversées les roues en l'air; mais, comme il n'existait plus chez nous d'autobus et moins encore de voitures à sacrifier, on a bien dû se rabattre sur des véhicules allemands qui avaient cherché en vain à s'enfuir de Paris dans la direction de l'Est. Aucun scrupule à mettre sur le dos ces vilains scarabées !
 
Dans le quartier des Halles, cependant, ce furent des camions de chez nous que, pressés par le temps, les employés du marché prirent au milieu d'une armée de véhicules et de voitures de maraîchers pour en faire la base de leurs barricades. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Le peuple de Paris s'y est mis de tout coeur. Cela ne commence-t-il pas comme un jeu, en effet ? Préparer un travail utile, tout en accomplissant des gestes de Robinsons ou d'enfants terribles : saccager, détruire, démolir avec la conscience d'accomplir une tâche sérieuse, n'est-ce pas exaltant ?
Avant même que l'affiche du C.P.L. eût été apposée sur les murs, tout le monde avait compris et s'était mis au travail; avec un esprit de solidarité égalitaire semblable à celui qui, jadis, quand un incendie éclatait, réunissait dans une chaîne de dévouement les braves gens qu'avait alertés le tocsin.
 

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Les affiches avaient suggéré des recettes pour la confection de ces barricades ... ; comme si tous les Parisiens depuis Gavroche jusqu'à la plus calme des ménagères ne savait pas, de science innée, comment elles se construisent
  Aussi bien, ne fut-il guère un coin de Paris qui n'ait eu son combat, ramassé ses prisonniers et travaillé pour la délivrance.
Comme le disait fort justement un chef de groupement, parlant de ses braves garçons : "Il est impossible de les citer tous ; ils sont trop !" 
Au Quartier latin, place Pigalle, boulevard et place de Clichy, avenue de Villiers, les groupes de patriotes et les fantassins allemands sont à chaque instant aux prises, tandis que des miliciens tirant du haut des toits, tuent ou blessent les civils, les passants !
 
La gare de Belleville est enlevée par des F.F.I. qui font des prisonniers et saisissent deux trains et un dépôt d'essence. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  D'autres échauffourées ensanglantent le pavé : place Péreire, à la porte d'Orléans, devant le commissariat de la rue des Plantes, ainsi qu'à la Glacière près de la rue de la Santé ; certaines, plus violentes encore, ont lieu au carrefour de Châteaudun et à celui de Montmartre ; enfin, des attaques de chars tentent d'emporter d'assaut de solides barricades, bien défendues, au coin de la rue de Seine et du boulevard Saint-Germain, au carrefour de Bercy, à la porte d'Ivry, dans le treizième arrondissement, place et secteur de la Chapelle, enfin. Le Grand-Palais, qui servait de point de défense aux Allemands, aux Charnps-Elysées, est attaqué par les F.F.I. avec une belle impétuosité de jeunesse et de bravoure. Les ennemis déconcertés ne peuvent soutenir la lutte: ils vont se rendre. Mais la propagande nazie a fait une besogne efficace. A l'heure de la bataille de Paris, le mot d'ordre est : détruire, détruire et encore détruire ; un combattant aperçoit tout à coup des vo1utes de fumée qui commencent à s'échapper de toutes les issues du bâtiment. Le feu !
 

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Le Grand-Palais renferme, comme chacun le sait, l'inestimable palais de la Découverte dont l'initiative revient à Jean Perrin, l'illustre physicien, et qui rend de prodigieux services à ceux dont une éducation première insuffisante freine l'effort sur la voie du progrès.
  Les richesses scientifiques réunies là-dedans sont, pour la plupart, irremplaçables, et les Allemand le savent. Le Grand-Palais brûle ! Les pompiers alertés accourent rapidement. La lutte s'interrompt afin de combattre l'incendie. Un cirque a élu domicile sous la grand verrière ; on se préoccupe de sauver les animaux et la cavalerie. On met également à 1'abri des mauvais traitements, involontairement mauvais cela s'entend ! les œuvres envoyées à l'exposition par les artistes mobilisés ou prisonniers. L'intensité du foyer diminue, et lorsque, dans l'après-midi, l'incendie est définitivement maîtrisé, le Grand-Palais est lui aussi libéré. On n'entend plus qu'à intervalles éloignés le claquement rageur des mitraillettes : les miliciens cherchent encore à faire du mal !
 
Le lendemain, les combats reprirent des le matin au Quartier latin : accrochages plutôt, cette fois ; échange de coups de fusil entre des tanks allemands qui cherchent à déblayer des voies afin de permettre le passage des retardataires vers les chemins de l'exode sauveur et les patriotes. Engagements brefs, d'une violence énervée de part et d'autre, sans intentions tactiques. La fin est si proche maintenant ! Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Les barricades, pourtant, sont renforcées sur les boulevards extérieurs : place de Clichy, avenue de Villiers, place Pigalle, place Blanche. Des fantassins allemands semblent décidés à une action méthodique afin de maintenir la libre circulation de leurs voitures dans la direction de l'Est. Aidés par des tirailleurs civils : Allemands de la cinquième colonne ou miliciens français qui tirent sur les passants et font des victimes. Ils essaient, en vain, de mettre en échec les braves petits gars qui leur résistent avec une bravoure inlassée et font des prisonniers. Sous le tunnel de Ménilmontant par exemple, un groupe important de soldats allemands qui gardaient un train de munitions fut pris à partie par les F.F.I. On pouvait redouter que, se sentant perdus, ils ne prissent la fuite après avoir fait sauter le train. Menace terrible pour le quartier Les F.F.I. descendirent sur les voies et enfumèrent les Allemands. On les vit quitter précipitamment le tunnel les mains sur la tête, courant vers l'air libre et vers nos hommes qui les faisaient prisonniers. Le train n'avait pas sauté.
   
 

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Ainsi que le notait fort objectivement un des journaux les plus nets de la Résistance, après quatre jours de luttes héroïques, mais dispersées, sans liaisons entre les différents groupes de combattants, le " Peuple de Paris avait perfectionné ses méthodes de combat. Hier, c'était encore l'insurrection ; aujourd'hui, c'est la guerre ".
  " Les F.F.I., soldats sans uniforme, veulent avoir l'honneur d'accueillir, dans la capitale délivrée, délivrée par eux, les premiers soldats français en uniforme... "
Le courage n'a certes pas besoin d'uniforme pour se manifester. Les F.F.I. parisiens en ont donné superbement la preuve ; la population civile même a mérité, durant ces journées d'insurrection, l'éloge que lui adressait, au cinquième jour de la lutte, le Préfet de Police de la Libération M. Luizet, dans une brève et vibrante proclamation : " Je rends hommage, écrivait-il, à la vaillance et au cran dont la population de Paris a fait preuve au cours de ces rudes et magnifiques journées. "
 
La bravoure est une vertu de race à ce point répandue chez nous que même ceux qui n'aiment pas les Français doivent le reconnaître. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Le 24 août au soir, Paris apprit que les éléments blindés de la division Leclerc venaient d'atteindre les faubourgs à la porte de Châtillon. Un officier, délégué par le général. allait sous peu se présenter au président du Comité Parisien de Libération, représentant l'autorité municipale à l'Hôtel de Ville. Une réunion tout intime fut aussitôt improvisée ; la place entière illuminée, grouillante d'une foule compacte qui attendait passionnément immobile l'événement merveilleux qui allait survenir : l'arrivée du premier officier français depuis la défaite !
 

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A neuf heures trente, une petite voiture, de forme inconnue, s'arrête devant la grille. La masse humaine a fait silence ; des visages nimbés par la pénombre du soir, apparaissent baignés de larmes, une pareille émotion est communicative, et le rude officier qui débarquait sur l'asphalte se laissa lui-même gagner par la ferveur de cette foule qui sanglote de joie.
  Quatre ans ! Quatre interminables années où, tous, ils ont vécu dans l'espoir, dans l'attente de cette minute merveilleuse ! Or voilà qu'on vient de la vivre enfin ! Le fleuve de la vie a repris son cours ; la France est ressuscitée ! Quelques moments après, le président Georges Bidault recevait dans son cabinet de Préfet de la Seine le capitaine Dionne de l'infanterie coloniale. Parisien, délégué par son colonel pour annoncer l'arrivée à la porte d'Italie des premiers blindés de la division Leclerc. L'officier, poussiéreux, sale, ruisselant de sueur, bronzé par le grand air et son visage barbu semblant épuisé de fatigue, resplendissait dans une auréole de gloire.
 
On l'embrasse, on l'étreint jusqu'à l'étouffer. La foule assemblée sur la place, cherche à apercevoir les acteurs de cette brève cérémonie. Elle aussi voudrait faire quelque chose pour apaiser sa joie frémissante ; tout à coup, de toutes les poitrines jaillit, dans le silence de la nuit, le cri passionné de la Marseillaise.  Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Cependant, des coups de mitrailleuse crépitent, tirés de l'extérieur sur le groupe que forment, dans le cabinet du Préfet, M. Georges Bidault, le capitaine Dionne et les autres assistants. La cérémonie est ainsi terminée. Le capitaine repart vers Bagneux, afin, de rendre compte au général Leclerc. Les événements survenus le lendemain, devaient retarder la solution jusqu'au 26.
   
    
  LA BATAILLE
   
 

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Le 25, au matin, dès six heures des éléments de la division Leclerc prirent position en face des objectifs qui leur avaient été désignés. L'ordre avait été donné de prendre toutes les précautions compatibles avec le succès des attaques pour que la population n'ait pas trop à souffrir et que les immeubles ne subissent pas de trop grands dommages.
Dans la matinée, des engins blindés procédèrent au nettoyage du Central téléphonique des Archives que les Allemands occupaient encore. Les téléphonistes ne sont pas des combattants et l'opération fut bientôt terminée sans grande difficulté.
 
 Presque à la même heure, dans un quartier voisin, place de la République, un assaut plus mordant lançait. six gros chars français servis par des Marocains contre un centre important de la résistance allemande : la caserne du Château-d'Eau. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Des groupes de F.F.I. armés de bouteilles d'essence appuyaient le mouvement, apostés aux fenêtres des maisons voisines, prêts à incendier les tanks allemands, s'il en survenait, tandis que les tirailleurs montaient à l'assaut de la caserne.
 

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Les défenseurs se sentant. isolés, abandonnés par les leurs, arborèrent le drapeau blanc.
Ce jour-là vit de nombreux combats de rue, dans le centre aussi bien que dans les quartiers excentriques ; chacun des trois groupements tactiques de la division Leclerc s'étant vu attribuer un secteur déterminé.
  L'opération la plus importante consistait à obtenir la reddition du Général von Scholtitz. commandant militaire du Grand-Paris.
Le sous-chef d'Etat-major du G.T.V., commandant de Laborie, fut chargé de faire remettre un ultimatum au général allemand par l'entremise du Consul général de Suède, tandis que le groupe était rassemblé aux environs de l'Hôtel de Ville.
 
 Une heure plus tard, l'officier de liaison allemand rapporta un refus dans lequel le commandant du Grand-Paris déclarait avoir reçu du Fuehrer l'ordre de résister jusqu'au dernier homme en procédant aux plus terribles destructions ; sa conscience d'homme lui interdisait d'exécuter la seconde partie de cet ordre, mais son devoir de soldat lui commandait de résister jusqu'à la dernière limite, et de ne capituler que devant l'impossible. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
Aussitôt, l'ordre fut donné aux Français de partir, en suivant la rue de Rivoli, à l'assaut de l'Hôtel Meurice, occupé par les bureaux de la Grande Kommandantur. Les Allemands avaient été massés en grand nombre avec des chars dans les jardins des Tuileries, et nos troupes avançant sous la protection des tanks, nettoyaient peu à peu le jardin ainsi que les rues transversales depuis la rue Saint-Honoré jusqu'à la grille des Tuileries.
 

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Un court engagement, place du Palais-Royal, retient un moment nos hommes. L'ordre leur avait été donné de ne pas tirer les premiers, afin de laisser aux Allemands leur dernière chance de se rendre sans faire d'autres victimes ; une rafale de balles les accueille devant le Palais du Louvre.
  La convention tacite est ainsi dénoncée. D'ailleurs, à mesure que nos fantassins se rapprochent de l'Hôtel Meurice, le tir de l'ennemi se fait plus nourri et plus dangereux. Les chars qui protègent notre action ont été engagés jusqu'à la place de la Concorde et ont subi des pertes.
Cependant, on peut voir maintenant, des Allemands se précipiter hors des maisons et affluer sous les arcades, les mains hautes.
   
 
Deux lieutenants français pénètrent dans 1'Hôtel Meurice, suivis par leurs hommes : le hall est désert, et lorsque le commandant de Laborie y pénètre quelques instants plus tard, les officiers allemands commencent à descendre l'escalier, les mains derrière la tête. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Le lieutenant Karcher monte alors au premier étage afin de s'assurer de la personne du général von Scholtitz.
Puis, le commandant de Laborie vient régler les conditions de la reddition. Il exige que le général ennemi donne l'ordre de cesser le feu à tous ses officiers commandant un centre de résistance allemande dans Paris.
 

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Le général von Scholtitz acquiesce par l'entremise d'un interprète et signe des ordres : chacun est emporté à destination par un officier allemand qu'accompagne un officier français.
Suivant le voeu exprimé par le général von Scholtitz. les hommes qui viennent de se rendre sont traités an soldats
  Place de l'Opéra, devant la Kommandantur, l'assaut avait commencé à quatorze heures. Mêlée un peu confuse dans laquelle un certain nombre de civils, qui désiraient eux aussi se rendre utiles, gênent l'action des soldats et des combattants avec la meilleure intention de les aider. Le mieux est souvent l'ennemi du bien !... Un assaut représente tout de même autre chose qu'un échange de horions héroïques sans conclusion !...
 
Deux lieutenants français pénètrent dans 1'Hôtel Meurice, suivis par leurs hommes : le hall est désert, et lorsque le commandant de Laborie y pénètre quelques instants plus tard, les officiers allemands commencent à descendre l'escalier, les mains derrière la tête. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Il s'agissait ici d'obtenir la reddition d'un point d'appui important pour la défense allemande et, sous l'averse de mitraille que ses soldats et les miliciens faisaient pleuvoir sans arrêt sur la place et ses environs, l'effort de nos hommes était freiné plutôt que servi par les gestes maladroits de ceux qui prétendaient le renforcer.
 

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Bravoure mal employée, car la guerre est un métier : il est nécessaire de l'apprendre et sa pratique ne s'acquiert pas en quelques heures.
  Cependant, comme on vient de le lire, la reddition du général von Scholtitz venait d'être signée par lui, à l'Hôtel Meurice ainsi que l'ordre de cesser le feu qui parvenait vers quinze heures à la Kommandantur, place de l'Opéra. Presque aussitôt, le drapeau blanc apparut au balcon, salué par les acclamations et les applaudissements de la foule. Les F.F.I., suivis par un nombre considérable de simples curieux, se ruent aussitôt sur l'immeuble non sans quelque désordre, dans l'intention d'occuper les locaux.
 
Une rafale subite de mitrailleuse les arrête, et les plaque le long des murs ; cependant, voici qu'une rumeur grandit et bientôt éclate en clameur: " Les tanks voilà les tanks ! " Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Ce sont, en effet, les blindés de Leclerc qui, débouchant de la rue Louis-le-Grand remontent en vitesse l'avenue de l'Opéra et viennent prendre position face à la Kommandantur. Quelques coups de mitraille suffisent.
 

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Les défenseurs allemands se présentent à la porte en groupe compact, les mains hautes ; des officiers traversent la place en courant. Une centaine de prisonniers sont, en peu de temps réunis sous la conduite de soldats et de policiers et menés à la Préfecture de Police, accompagnés tout au long du trajet par les huées d'une foule énervée.
Fin de tempête !
  Les mitrailleuses continuent à tirer, cependant, sans interruption, Allemands camouflés et miliciens ripostant à la fusillade nourrie des blindés de la division Leclerc.
Puis, le calme tend à s'établir ; les crépitements des coups de feu s'espacent, s'éteignent peu à peu et, vers seize heures, le combat était définitivement terminé.
La foule, qui avait suivi le combat malgré la fusillade, acclame alors les soldats de Leclerc avec un enthousiasme délirant.
   
 
Les Allemands avaient fait du Palais du Sénat, dans le quartier Saint-Sulpice, une sorte de donjon fortifié dans lequel étaient accumulés non seulement de puissants moyens de défense pour le cas où ils seraient attaqués, mais encore des dépôts d'explosifs destinés à faire sauter le monument lui-même si les circonstances les forçaient un jour à abandonner Paris. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Les anciens appartements particuliers de Marie de Médicis, au rez-de-chaussée, décorés de peintures si délicates avaient été transformés en casemates pour les munitions. Un blockhaus dressait ses parois de ciment au fond des jardins, à l'angle de la rue de Médicis et de la rue de Vaugirard.
 

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La grande serre, qui, avant la guerre, faisait l'orgueil du jardinier en chef du Palais, était transformée, elle aussi, en réduit défensif. 
  Les habitants du quartier se confiaient leurs craintes de 1'un à l'autre et citaient des chiffres : on parlait de " mille tonnes " d'explosif, de quoi faire sauter le quartier Saint-Sulpice tout entier. Ces chiffres dépassaient peut-être la réalité, mais les craintes n'étaient sans doute pas vaines.
 
Aussi, l'une des premières expéditions de nettoyage que durent accomplir les blindés de la division Leclerc fut-elle précisément, l'assaut du Luxembourg. L'ensemble des jardins autour du Palais fut cerné par les chars et les camions blindés. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Le blockhaus en face de la rue Auguste Comte fut attaqué en premier, car on le savait fortement défendu et solidement construit. Un certain nombre de coups cependant le réduisent sans tarder en une masse de décombres. Cependant, le canon n'a pas fait taire les mitrailleuses allemandes. Elles continuent de tirer par les fenêtres de l'Ecole des Mines situées sur les jardins, derrière les serres.
 

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Aussi, vers une heure, voit-on réapparaître quatre gros chars français à l'angle de la rue Denfert-Rochereau, face au blockhaus. Ils ouvrent le feu.
En peu de temps, les défenseurs de ce coin-là sont réduits au silence. Le combat va se porter alors rue de Tournon et rue de Médicis, contre les bâtiments du Sénat.
  Aux fenêtres du Palais comme à celles des maisons avoisinantes , les Allemands ont posté des tireurs qui mitraillent soldats et passants. Cependant, le bruit commence à se répandre que le Général commandant le Grand-Paris vient, à l'Hôtel Meurice, de signer sa propre reddition et d'envoyer l'ordre de cesser le feu à tous les groupes de défense placés sous ses ordres ; la lutte se ralentit parfois encore avec de brusques sursauts de violence ; elle s'arrête enfin lorsque parvient l'ordre de reddition aux troupes qui occupent la place.
 
La foule n'a pas attendu le silence des canons, pour entourer les soldats de la division du Tchad, les embrasser et les fêter. Des troupes de gosses, surgis on ne sait d'où, grimpent à l'assaut des chars. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Des jeunes filles sourient gentiment aux conducteurs noirs, et parfois s'installent à leurs côtés, tandis que de braves garçons heureux d'avoir enfin terminé leur travail fatigant, ouvrent prosaïquement des boîtes de conserve et commencent à se restaurer.
 

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Un coin de kermesse exotique et joyeuse s'installe et s'anime devant le décor de beauté que dressent les grands arbres du jardin, maintenant désert, de Marie de Médicis.
   
    
  LA DELIVRANCE
   
 
Paris avait reconquis la liberté !
Pendant quelques jours encore, ou put ressentir les derniers remous de la tempête qui venait de prendre fin.
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Des ennemis camouflés et des miliciens tentaient par endroits, sinon de prolonger la lutte, du moins, d'assouvir leur rage desespérée en faisant encore du mal grâce à de honteuses complicités, et tiraient sur les passants du haut des fenêtres et des toits, faisant des victimes.
 

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La vie recommençait, cependant ; ou plutôt elle continuait, dans ses fonctions les plus humbles, ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas.
  Les femmes donnaient l'exemple ; on revit leurs cortèges affairés et patients à la porte des boulangeries ou devant l'étalage des marchands de légumes, les fronts parfois plissés par le souci, parce que les arrivages n'avaient pas lieu.
 
Des hommes aussi circulaient. Un air de fête vivifiait les groupes auxquels se mêlaient les gamins en vacances. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Avec la simplicité grave que les grands événements éveillent aisément au coeur de la foule ; des inconnus se saluaient au passage dans un regard d'extase : " c'est bon de pouvoir enfin respirer !"
 

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Car ce fut cela d'abord, le sentiment de la Libération : pouvoir respirer, pouvoir vivre, sans l'horrible situation d'oppression qui, pendant quatre ans, avait pesé sur chacun de nous.
   
 

Telles furent les journées de la Libération de Paris, premier signal de la libération de la France : une insurrection, une bataille.
Jusqu'au dernier moment, les Allemands ne crurent pas qu'une entreprise aussi chimérique eût des chances de réussir !

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  N'avaient-ils pas tout prévu pour que Paris fût imprenable ? Barbelés, blockhaus, bastions de défense, mines et dépôts de munitions ; sans compter leur science obsidionale, la valeur de leurs soldats et la supériorité de leur armement ?
 

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N'étaient-ils pas assurés ainsi de venir aisément à bout de quelques poignées de terroristes et de révolutionnaires ?
  Ils supposaient que Paris allait seulement avoir à connaître de nouveau des désordres sanglants, comme pendant la Commune : mais que pourraient faire ces hommes, dépourvus d'armes, de chefs et de munitions, contre les forces allemandes ?
   
 
Cependant, par prudence, ils avaient. évacué le plus grand nombre des plumitifs, les hommes comme les femmes. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  Et, peu à peu, les hôtels réquisitionnés s'étaient vidés et, sans arrêt, des camions chargés des plus hétéroclites dépouilles étaient partis sur les routes de l'Est.
   
 

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Le peuple de Paris assistait curieusement à ce déménagement, pressé contre les barrières blanches défendues cependant par des sentinelles et des tireurs postés aux fenêtres.
  Parmi tous ces Allemands, bien peu étaient capables de comprendre que ce peuple qu'ils jugeaient frivole, égoïste et préoccupé avant tout de sa nourriture, ce peuple " sans consistance " pût résister longtemps aux influences morales de la vertueuse Allemagne et ne pas accepter avec résignation, sinon reconnaissance ; les bons offices d'un fier " peuple de seigneurs " ! La propagande allemande n'avait-elle pas spécialement travaillé durant quatre ans à convaincre ces damnés français ?
   
 
Qu'avait-on besoin de se préoccuper d'une minorité de révoltés sans armes ? Avec un ou deux chars Tigre seulement, n'était-on pas certains d'en venir à bout ? Cliquez sur l'image pour l'agrandir
  C'est vrai, ils n'ont pas cru, alors et peut-être ne sont-ils pas encore entièrement convaincus aujourd'hui ? qu'un peuple, qui fut grand dans l'histoire, a besoin de grandeur et de liberté. L'annonce de l'indépendance ? Ce n'est pas un mot sonore, mais vide. C'est l'âme même de la race qui, selon la souffrance ou la joie chante ou rugit de colère.
   
 

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C'est peut-être pour n'en avoir à aucun moment de l'occupation senti la valeur et compris la signification que les Allemands ont été en fin de compte obligés de quitter Paris et bientôt la France.
  Habitués, grâce à leur orgueil incoercible, à juger les Français comme un peuple sans caractère et dénué de vertus viriles, ils ont cru pouvoir les mater par la terreur. Depuis leur départ, nous découvrons l'horreur, la cruauté et l'ignominie de leurs méthodes de domination. Ils n'ont fait qu'exaspérer dans la masse française l'amour de la patrie, et rendu à nombre d'entre nous, qui l'avaient oublié peut-être, la notion qu'un grand peuple ne peut vivre sans indépendance nationale. 
   
    
  L'ENVOL DES DRAPEAUX
   
 
Les bandes de rapaces n'avaient pas encore commencé de quitter la France qu'un premier grand oiseau tricolore avait rouvert ses ailes sur la Capitale, et, dès les premiers jours de l'insurrection, s'était posé au fronton de la Préfecture de Police.
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Cependant, le canon et les mitrailleuses n'avaient pas cessé depuis ce moment d'occuper la Ville. Le 21 au soir, on entendit la voix grave des cloches glisser sur le silence de la nuit du haut des tours de nos églises ; elle révélait comme en un murmure l'annonce merveilleuse aux oreilles de la France et du monde que bientôt allait s'effacer de notre ciel la sombre vision de l'oppression et de l'esclavage. Révélation pareille à une extase!

Presque aussitôt, du coeur de Paris prêt à éclater, jaillit impétueusement et comme un cri de joie délirante le chant de la Marseillaise ; mais il lui fallait encore, pour élargir son âme jusqu'à l'infini de la joie, le frémissement d'ailes de ses drapeaux. Combien de gens chez nous avaient, depuis des années, désappris quel choc on peut recevoir au coeur en voyant flotter sur nos vieilles pierres les trois couleurs de la Patrie!

   
 

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Symbole de notre gloire, de nos deuils et de nos espoirs ! Aujourd'hui, nos drapeaux sont revenus parmi nous. La Victoire en chantant s'envole à chaque instant de leurs plis, et la foule en reprend le refrain parmi les cris d'allégresse et, dans le battement des coeurs saoulés d'espérance.
  Maintenant, leurs ailes palpitent au balcon de la Kommandantur du Grand-Paris, elles flottent sur la Tour Eiffel. Dès le 24, elles couronnaient le sommet de la gare de l'Est, redevenue presque déserte. Et bientôt, ce furent toutes les maisons de Paris qui s'illuminèrent de nos trois couleurs. Chaque fenêtre semblait vibrer au souffle de la brise et crier à chacun dans la rue que si ses souffrances ne sont pas encore terminées, il souffrira dans la lumière et non plus dans les ténèbres de la servitude.
   
  Peu de jours après la Libération, le Préfet de la Seine donna au public parisien le bilan de nos pertes durant la semaine glorieuse. La bataille de Paris a coûté 989 tués et 3859 blessés. Les FFI et les troupes de la division Leclerc l'ont chèrement gagnée.
Mais la population parisienne, elle aussi, a pris dans ces journées de luttes, sa part de risque et de sacrifices ; elle a vécu heure par heure, sur place, les péripéties de cette bataille qui a plus ou moins longuement mis en état de guerre la plupart de nos quartiers : cette foule apportait sans doute avec elle beaucoup de curiosité inquiète, mais en même temps beaucoup de son coeur à ceux qui, face au danger menaçant, luttaient pour sa délivrance.
   
 
Les bandes de rapaces n'avaient pas encore commencé de quitter la France qu'un premier grand oiseau tricolore avait rouvert ses ailes sur la Capitale, et, dès les premiers jours de l'insurrection, s'était posé au fronton de la Préfecture de Police.
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  Cependant, le canon et les mitrailleuses n'avaient pas cessé depuis ce moment d'occuper la Ville. Le 21 au soir, on entendit la voix grave des cloches glisser sur le silence de la nuit du haut des tours de nos églises ; elle révélait comme en un murmure l'annonce merveilleuse aux oreilles de la France et du monde que bientôt allait s'effacer de notre ciel la sombre vision de l'oppression et de l'esclavage. Révélation pareille à une extase!
   
  C'est ainsi qu'elle trouva un geste touchant afin de leur prouver la fraternité de son émotion partout où un homme était tombé, mortellement atteint, des mains pieuses déposaient sur l'asphalte un humble bouquet de fleurs qui, masquant les taches de sang, évoquaient cependant 1e sacrifice.
   
 

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.Puissent les aquarelles de Pierre Albert Leroux prolonger devant le lecteur ces gestes de tendre pitié qui, durant la bataille, ont fleuri la place à laquelle étaient tombés des braves qui donnèrent héroïquement leur vie afin de permettre à Paris de recouvrer sa liberté.