| La 2ème Guerre Mondiale
 
 

ÉVACUATION DE LA SUCCURSALE D'ORLÉANS

   
    

 rédigé par

M. TESSIER, CONTRÔLEUR INTERIMAIRE

DIMANCHE 19 MAI 1940

Depuis le 10 Mai, les alertes continuelles ont pratiquement empêché tout travail : le courant de chaque jour est péniblement assuré, mais l'arriéré s'accumule, les titres en dépôt ne sont pas envoyés, les détachements ne sont pas faits, les arrérages échus pas passés. Malgré la grosse appréhension que nous causait, à M. PIGNET et à moi, cet état de choses au point de vue de l'arrêté des écritures, ce dernier a pu être fait aux dates prévues, les alertes s'étant légèrement espacées à partir de la fin de la semaine.

Arrivée vers 17 heures de sept camions de la Caisse Générale contenant la partie de la Réserve du Gouverneur qui est destinée à être entreposée à notre succursale : 613 sacs de billets pour près de 9 milliards, sont déposés dans notre Conservation, après un travail qui a duré de 17 heures à 22 heures, fourni par nos agents aidé de vingt hommes de troupe.

VENDREDI 7 JUIN 1940

Les premières bombes sur ORLÉANS sont tombées dans la nuit : gros émoi chez les habitants quoiqu'il n'y ait que des dégâts matériels.

SAMEDI 8 JUIN 1940 Réception du pli B".

 

    DIMANCHE 9 JUIN 1940

 

    Étant donné l'afflux des Succursales et bureau» évacués qui passent par des démarches pour se procurer des camions, malgré les conseils du pli B" qui recommande de ne pas les commencer immédiatement.

 

    LUNDI 10 JUIN 1940

 

    Monsieur du BOUETIEZ obtient de l'Autorité Militaire la mise à sa disposition de camions au cas d'évacuation de la Succursale, grâce au concours de M. de LAGERIE, Chef de Comptabilité à MELUN, Officier à l'État-Major de la 5ème Région.

 

    MARDI 11 JUIN 1940

 

    Le défilé des Succursales évacuées continue, et leur ravitaillement en essence devient de plus en plus difficile.

 

    À 18 heures, je reçois un téléphone du Secrétariat Général annonçant l'arrivée, le lendemain de bonne heure, de deux camions contenant 80 personnes, priant de les réconforter et de faire le nécessaire pour que leur évacuation par voie ferrée, sur CHATELGUYON puisse être assurée.

 

    Par 1'intervention du Capitaine VALLAT, Commissaire à la Gare, qui appartient à la Banque Centrale, Conservation des Titres ( ?), M. PIGWET obtient que deux wagons soient mis à leur disposition, le lendemain à 14 heures.

 

    MERCREDI 12 JUIN_l940

 

    J'arrive à la Banque à 6 heures pour recevoir le convoi annoncé : celui-ci n'arrive qu'à 18 heures (chef de convoi : M. LEYRIT, Office des Changes), ayant trouvé une route extrêmement encombrée. Le ravitaillement dans la ville est devenu à peu près inexistant ; la concierge réussit à faire du café pour tous et les réconforte dans la mesure du possible ; nous pouvons encore nous procurer chez un voisin de Melle BOUTET la paille nécessaire pour leur faire passer la nuit dans la Succursale : j'en profite moi aussi, le soir même, étant trop tard pour rentrer chez moi, et d'ailleurs la fatigue me gagnant, je n'ai eu le temps, ce jour-là, d'aller ni déjeuner ni dîner.

 

    Vers 18 heures, un nouveau téléphone du Secrétariat annonce l'arrivée d'un second convoi de même nombre, parti le matin à 11 heures.

 

    Entre temps, l'Autorité Militaire a prévenu M. le Directeur, qu'il n'ait plus à compter sur les camions promis l'avant-veille !

 

    JEUDI 13 JUIN 1940

 

    Le second convoi n'arrive qu'à 11 heures du matin. Grâce à l'obligeance de M. VALLAT, de nouveaux wagons peuvent être réservés et les deux convois partent à 14 heures, direction CHATELGUYON.

 

    Notre paille va désormais être fort utile pour coucher les Succursales évacuées, arrivées trop tard pour repartir, et j'en userai moi-même pour veiller au désordre possible provoqué par ces hébergements.

 

    À noter que cette ruée de nomades était accompagnés dans la journée d'une véritable foule de réfugiés belges venant faire l'échange de leur monnaie, foule se renouvelant tous les jours depuis un mois ; la canalisation de tout ce peuple n'était pas facile, mais cependant, il n'y a pas eu d'incidents graves à enregistrer.

 

    Les quatre camions ayant transporté les convois de Paris, ne pouvant retourner, sont retenus par M. du BOUETIEZ, pour notre évacuation : c'est la Providence qui nous les a envoyés !

 

    La ville se vide de ses habitants : des milliers de personnes se pressent aux alentours de la Gare, dont les abords sont noirs de monde. Le Capitaine VALLAT vient nous prévenir que le dernier train de voyageurs partira à 24 heures, et grâce à sa complaisance M. PIGNET peut faire évacuer sa famille à la dernière limite.

 

    Dans la journée, arrivée de M. REISKEIM, du Service Immobilier, avec deux camions belges, vides, venant de BORDEAUX et tentant d'aller à PARIS chercher des pièces détachées non évacuées : devant 1'impossiblité de se frayer un passage sur la route, il décide d'attendre au lendemain.

 

    Toujours grâce à M. VALLAT, nous entrevoyons enfin la possibilité d'évacuer 613 sacs de la Réserve, après de nombreuses démarches de M. le Directeur : un train leur sera réservé dans la nuit, et il s'agit de les transporter à la gare.

 

    Nous obtenons 20 hommes de troupe qui arrivent vers 18 heures. Le transport à la gare se fait par 4 camions militaires, il faut ensuite décharger les sacs dans des wagons plombés : direction LA ROCHE SUR YON, Chef de convoi : notre Commis d'Ordre Principal, M. THIBOT, accompagné de 3 agents de police obtenus après beaucoup de difficultés.

 

    Opération longue et pénible, terminée vers 3 heures du matin : pas assez d'hommes, malgré que des renforts aient été demandés plusieurs fois, 10 hommes de plus finissent par arriver vers minuit, 5 camions ont été chargés et déchargés.

 

    VENDREDI 14 JUIN 1940

 

    Je suis rentré chez moi au petit matin pour me raser et faire un peu de toilette : je n'y avais pas été depuis trois jours, et je trouve la maison vide, mes propriétaires étant partis conduire leurs enfants en Dordogne.

 

    Passage d'ÉTAMPES, CORBEIL, MELUN, et autres.

 

La ville se vide à un rythme accéléré, et, les trains ne marchent plus, les ponts deviennent l'objet d'un embouteillage tel que M. PIGNET, parti pour aller chercher sa malle chez lui, de l'autre côté de la Loire, doit renoncer à passer.

 

    Plusieurs alertes dans la journée précipitent l'exode et dès midi, il n'y a plus une boutique ouverte dans la ville.

 

    Les camions belges arrivés la veille ne peuvent aller sur Paris : dans ces conditions, et étant donné le tonnage insuffisant des 4 camions réquisitionnés pour notre évacuation, leur retour sur BORDEAUX est décidé, chargés de notre conservation des titres et d'une partie de notre encaisse espèces et billets. Départ à 18 heures, chef de convoi M. REISKEIM.

 

    M. PIGNET et quelques employées décident de passer la nuit à la Banque, en même temps que moi, 1'ordre d'évacuation de 1'échelon N° I pouvant être donné rapidement.

 

    SAMEDI 15 JUIN 1940

 

    Dans la nuit, ont eu lieu des bombardements assez violents rue Bannier, à St-Aignan, au pont de Vierzon, toutes les vitres de la rue de la République en face de la Banque sont brisées.

 

    Son séjour nocturne à la cave a causé à M. du BOUETIEZ une extinction de voix presque totale.

 

    L'évacuation de la ville continue, dans la nuit et la matinée, créant un embouteillage énorme aux ponts : le bruit courait depuis 1'avant-veille que les ponts pouvaient sauter d'un moment à l'autre.

 

    Aucun ravitaillement n'est possible, toutes les boutiques sont fermées. La Poste n'a ouvert qu’un guichet pour assurer la vente des timbres : aucune opération n'y est reçue ; le courrier n'est ni distribué, ni reçu ; le téléphone ne fonctionne qu'avec beaucoup de difficultés. La Préfecture ne répond pas.

 

    J'envoie chercher les auxiliaires en vue d'aider au chargement éventuel des camions : tous ont évacué la ville,  y compris LAMOTTE,  qui était pourtant volontaire pour la garde en cas d'évacuation.

 

    N'espérant plus recevoir d'ordre d'évacuation de l'échelon I et devant l'impossibilité de communiquer avec BORDEAUX ni SAUMUR, nous décidons son départ, composé de deux camions, chef de convoi, M. PIGNET, qui a lieu à 11 heures.

 

    À llh ¾, M. le Directeur m'envoie chez le Préfet. En passant, je rejoins les camions qui n'étaient encore arrivés qu'à la place du Martroi.

 

    Je vois le Préfet, qui me dit ne pouvoir donner l'autorisation d'évacuation de l'échelon II : en effet, depuis la veille au soir, les autorités militaires sont parties, et doivent être remplacées par celles du Gouvernement Militaire de Paris, Général Hering, siège Romorantin, non encore arrivées à Orléans. Il ne peut donner 1'ordre d'évacuation sans 1'avis des autorités militaires.

 

    Cette conversation a été confirmée au cours d'une visite au Préfet de M. le Directeur à 15 heures, démarche effectuée dans le but d'obtenir une réquisition officielle des chauffeurs.

 

    Dans la journée, plusieurs alertes avec effets. Le personnel de l'échelon II, et surtout les chauffeurs, sont très impatients de partir. Nous faisons charger les camions, pour que le départ puisse être effectué dès réception de l'autorisation ; environ 3 millions de monnaie de bronze d'aluminium conservés dans la serre, ainsi que quelques sacoches de même monnaie dans la caisse auxiliaire, sont intransportables en raison de leur poids, près de 12 tonnes, et abandonnés.

 

    Vers 16 heures, les chauffeurs menacent de décharger les camions et de partir, ne voulant plus rester dans la ville, À ce moment, alerte et bombardement.

 

    Dans l'impossibilité de joindre une autorité quelconque (nous avons réussi à avoir Saumur au téléphone, qui nous a fait savoir que le Secrétariat Général était parti à Arcachon) nous décidons de prendre une demi-mesure, et de faire passer les ponts aux camions, de façon à être sûrs que notre encaisse, environ 200 millions, ne soit pas bloquée dans la ville, si les ponts doivent sauter.

 

    Nous retirons alors des camions, en deux sacs de billets, un de 1000, et un de 100 (en fait le sac de 100 contenait des billets de 50), la provision nécessaire pour servir, éventuellement aux besoins du Trésor, et réintégrons ces sacs à l'intérieur de la Succursale, que nous ne sommes plus que trois à occuper : M. le Directeur, M. le Caissier et moi-même, Mme du BOUETIEZ s’étant décidée à partir avec les camions de l'échelon II.

 

    Je rédige en hâte un ordre de mission pour DAUTRY, Chef de convoi, à qui j’ai précédemment indiqué verbalement les conditions du départ : faire passer le pont aux camions et attendre, quelques kilomètres plus loin, la voiture du Directeur, le reste de l'échelon II ; j'ai précisé : si possible à Olivet, ou aux environs ; si les ponts sautent entre-temps, partir.

 

    Lorsque je redescends avec l'ordre de mission, je suis arrêté par M. le Directeur, qui me fait ajouter en renvoi : « Lieu de rendez-vous à la Ferté-St-Aubin, chez M. FROMONT, Maire, tél. 48 ». Mais quand j'arrive au lieu de départ des camions, ceux-ci sont déjà partis sans attendre 1'ordre de mission, et, l'embouteillage ayant beaucoup diminué, il m'est impossible de les rejoindre. L'échelon II est donc parti à environ 18 heures, sans ordre de mission, sinon les lettres de réquisition qu'avait délivré M. le Directeur à chacun des chauffeurs, le jeudi 13 : ces lettres leur ont d'ailleurs été utiles, et ont fait office d'ordre de mission au cours de leur voyage.

 

    Pendant toute la soirée, plusieurs bombardement ont eu lieu.

 

    M. le Directeur fait alors brûler, en présence de M. SEIGNEUR les documents de mobilisation, d'évacuation, le code et divers papiers de la Banque, pour le cas où ne nous pourrions pas partir.

 

    J'obtiens la Préfecture au téléphone, à 21 heures : le Commissaire attaché au Cabinet du Préfet me répond et me déclare que le Préfet a conseillé (conseil et non ordre) aux chefs de Service de passer les ponts, ceux-ci pouvant sauter sans le moindre préavis ; le nouveau Gouvernement Militaire n'est toujours pas arrivé.

 

    J'ai demandé ARCACHON et POITIERS depuis quelque temps, avec l'intention de : 1° / si nous obtenons ARCACHON, mettre la Banque au courant de la situation où nous nous trouvons, et de demander des ordre ; 2° / Si nous obtenons POITIERS, prier M. SAINT-GEORGES-CHAUMET d'informer le Secrétariat Général que, dans l'impossibilité d'obtenir ses ordres directement, nous passons nous aussi les ponts, provisoirement, avec nos sacs de billets, pour éviter d'être coupés de l'autre rive.

 

    C'est POITIERS que nous obtenons ; j'expose la situation à M. CHAUMET en le priant de transmettre au Secrétariat général, à savoir : que nous avons évacué notre échelon I le matin, et qu'étant donné les bombardements fréquents, l'absence des autorités militaires susceptibles de permettre au Préfet de donner l'ordre d'évacuation, l'imminence probable de la destruction des ponts sans préavis, nous avons fait passer la Loire aux camions transportant l'encaisse de 1'échelon II et le personnel à 18 heures ; que d'autre part, à la suite d'une nouvelle conversation avec la Préfecture, (Commissaire) confirmant que le conseil avait été donné aux Chefs de Services et d'Administration de passer la Loire, nous allons passer nous-mêmes les ponts, laissant la Succursale sans aucun occupant, et allons rejoindre nos camions à la FERTÉ-SAINT-AUBIN, où nous demandons que des ordres nous soient transmis au téléphone 48, chez M. FROMONT, Maire de la Ferté.

 

    M. CHAUMET me témoigne une vive compréhension de notre situation et me répond qu'il va transmettre, mais fait remarquer qu'un téléphone privé sera peut-être difficile à atteindre, et qu'il vaudrait mieux que les ordres attendus soient transmis au comptoir le plus proche, en l'espèce VIERZON.

 

    Nous chargeons alors nos sacs de billets et partons vers 23 heures, en laissant ouverts, en vue de l'occupation par les Allemands, les coffres, le circuit de sécurité et la grille d'entrée de la cour (fermée, mais non à clef).

 

    Plus de voitures, ville déserte, le bas de la rue Royale flambait, nous passons par le pont neuf avec l'intention de gagner Olivet et la Ferté : nous sommes obligés de nous arrêter et de passer une partie de la nuit contre le mur d'une ferme à 3 kilomètres d'Orléans, de nombreux avions survolant l'emplacement et allant bombarder ensuite la ville.

 

    DIMANCHE 16 JUIH 1940

 

    Nous traversons ensuite OLIVET vers 2 heures du matin, et, en raison de l'embouteillage inimaginable des routes, nous n'arrivons à la Ferté que vers 10 heures du matin.

 

    Nous nous rendons chez M. FROMONT : nous trouvons la maison fermée et apprenons que ce dernier a été blessé la veille par le bombardement et a été évacué.

 

    Le Directeur se rend alors à la Gendarmerie pour téléphoner à la Préfecture : la communication est demandée mais la Poste répond « Orléans ne répond plus ».

 

    Nous essayons de trouver nos camions dans la localité, mais sans résultat.

 

    Nous décidons alors de poursuivre jusqu'à VIERZON, tant dans 1'espoir de retrouver nos camions sur la route, que dans le but d'y recueillir des ordres qui auraient pu y parvenir pour nous. Nous nous arrêtons à LAMOTTE-BEUVRON, pour essayer encore de téléphoner à la Préfecture : la réponse est la même « Orléans ne répond plus ».

 

    Nous arrivons à VIERZON vers 16 heures, où le Directeur qui attendait 1'ordre d'évacuation de son échelon II, nous dit n'avoir pas vu nos camions et n'avoir reçu pour nous aucune instruction de la Banque.

 

    À ce moment, par des recoupements, que nous sommes amenés à faire au cours de nos conversations, 1’idée que Paul DAUTRY, chef de convoi de 1'échelon II, n'aurait pas été mis au courant du rendez-vous de la Ferté-Saint-Aubin, et aurait pu, en conséquence, rester à OLIVET pour nous attendre, germe dans nos esprits, y provoquant une grande inquiétude : malgré 1'invraisemblance du fait, soulignée par 1'impossibilité de stationner sur la route près d'Orléans, cette idée nous poursuivra les jours suivants et contribuera singulièrement à nous démoraliser. Nous avions beau nous représenter cette impossibilité, l'ignorance où nous nous sommes trouvés jusqu'au bout, malgré nos démarches incessantes et auprès de tous, sur le point de savoir avec précision si les ponts avaient sauté ou non (leur destruction aurait entraîné le départ de nos camions d'Olivet, au cas où ils y seraient restés), et aussi la possibilité d'une panne, nous causèrent une grosse préoccupation jusqu'au jour où nous obtinrent de leurs nouvelles.

 

    Nous décidâmes alors de retourner vers ORLÉANS, tant dans 1'espoir d'apercevoir nos camions que dans le but d'avoir des renseignements aussi précis que possible sur les possibilité de retour dans la ville : de nombreuses affirmations recueillies sur la route nous confirmaient en effet que les ponts avaient sauté, cependant leur peu de concordance quant à 1'heure à laquelle cette destruction avait eu lieu nous permettait encore de douter.

 

    Nous sommes immobilisés à SALBRIS vers 19 heures par un très violent orage, et en profitons pour nous renseigner auprès du Colonel Commandant de Place, qui nous déclare avoir peu de renseignements, mais que cependant, il ne voit pas d'inconvénient à ce que nous continuions notre voyage sur Orléans. Nous essayons également, par la Gendarmerie, de téléphoner à Olivet ou à la Ferté, sans succès, la ligne paraissant coupée ; cependant, un gendarme venant d'Olivet nous affirme, avec la plus grande assurance, qu'aucun camion ne s'y trouve en stationnement, non plus d'ailleurs qu'à la Ferté, ce qui nous remonte un peu le moral.

 

    La nuit étant venue, et devant l'impossibilité de s'engager sans lumières, sur la route, dans le sens contraire au flot d'émigrants qui s'en déverse, nous décidons d'attendre le lever du jour à SALBRIS, et rangeons 1'auto sous un bois.

 

    LUNDI 17 JUIN 1940

 

    Départ à 4 heures ; conditions de route très difficiles, la voiture n'échappe pas à quelques horions.

 

    Arrivée à LAMOTTE-BEUVRON vers 7 heures ; long entretien avec un capitaine de gendarmerie qui nous déclare que ce serait de la folie de vouloir aller plus loin, qu'on se battait la veille dans la ville et que, sans en avoir le renseignement précis il était certain que les ponts étaient sautés ; d'autre part, ce capitaine nous confirma les dires du gendarme que nous avions rencontré à Salbris, à savoir qu'il était impossible que deux camions fussent restés à Olivet ou à la Ferté sans avoir été signalés.

 

    Nous abandonnons alors l'espoir de rentrer à Orléans ; et reprenons la route en sens inverse, non sans beaucoup d'amertume et d'inquiétude.

 

    Nous décidons de repasser au Bureau de VIERZON, espérant que des instructions auraient pu y être adressées pour nous, et que peut-être entre temps, nos camions s'y soient présentés : nous perdons 4 heures à traverser la ville, dont toutes les artères font l'objet d'un embouteillage inimaginable ; nous arrivons enfin à la Banque, que nous trouvons fermée, l'échelon II étant parti le matin.

 

    Nous poursuivons jusqu'à ISSOUDUN où nous n'arrivons que vers 16 heures ; excellent accueil de M. FAIVRE, qui nous réconforte au moyen de café et d'œufs durs, dont il avait fait préparer une ample provision pour le passage des réfugiés. M. FAIVRE avait vu passer notre échelon I, mais pas notre échelon II ; il nous déclare que, d'après les nouvelles instructions reçues, il n'évacuera pas sa Succursale, dont il pense que les Allemands sont, à environ 90 kilomètres du côté de Bourges.

 

    Nous laissons 5 paquets de 1.000 francs à ISSOUDUN.

 

    Nous repartons d'ISSOUDUN vers 19 heures vers GUÉRET. À 3 kilomètres de La Châtre, nous sommes pris dans un gros embouteillage provoqué par un croisement de routes ; il est environ 23 heures, nous décidons de passer la nuit dans une prairie, malheureusement en y engageant l'auto, je ne vois pas un caniveau assez profond où les roues avant viennent tomber : avec 1'aide de quelques soldats, nous arrivons à en sortir et prenons un peu de repos.

 

    MARDI 18 JUIN 1940

 

    Départ au lever du jour, vers 4 heures, espérant pouvoir circuler plus facilement a cette heure matinale : cependant, l'embouteillage est toujours tel que nous mettons 4 heures pour franchir les 3 kilomètres qui nous séparent de La Châtre.

 

    Après La Châtre, la route se trouve un peu dégagée, et nous arrivons à Guéret vers 11 heures, où nous apprenons le passage de notre échelon I, mais toujours pas de nouvelles de nos camions de l'échelon II. Circulation très difficile aussi à GUERET, où nous arrivons à ranger notre auto dans une petite rue pas très loin de la Banque.

 

    Le Directeur, M. BENQUET, a fait ample provision d'essence et peut nous ravitailler.

 

    Nous profitons de ce qu'il est en train d'expédier à